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En Repérage, chapitre 3 : En Alternance

En Repérage, chapitre 3 : En Alternance
– Pourquoi maman est pas venue ? demanda Jonathan en s'installant tant bien que mal à la place du mort.
– Parce qu'elle passe la journée avec Éléonor.
– Éléonor ? répéta Jonathan. C'est qui ça ?
John prit sur lui pour ne pas s'emporter inutilement.
– Ta marraine.
– Mais, elle est morte.
– Tu confonds, c'est son mari qui est mort.
– Elle aussi, elle est morte. Elle s'est suicidée il y a cinq ans. On l'a même enterrée à côté de lui.
– Tu vois, c'est de ça que je veux parler, Jonathan, haussa John d'un ton. Si tu prenais tes médicaments, tu dirais pas autant d'âneries.
– C'est toi qui dis des âneries, répliqua insolemment Jonathan.
– Quoi ? fit John, effaré par la réaction de son fils.
– La maladie a commencé un an après la mort de Éléonor, donc j'ai pas pu l'inventer.
– Ça veut rien dire, t'as simplement imaginé sa mort pendant une de tes crises.
– Mais je revois l'enterrement, insistait Jonathan.
– Tout comme tu pensais voir ta mère il y a cinq minutes. T'es en pleine crise, là. T'as amené tes médicaments ?
– Non.
– Bon, retourne à l'arrière alors, et repose-toi.
– Non, c'est bon, je vais bien.
– Comment je m'appelle ?
– Hein ?
– Comment je m'appelle ? répéta John.
– T'as pas le droit, s'indigna Jonathan. T'as pas le droit de faire ça.
– Donc je m'appelle Christian, je suppose ?
– Comment tu fais ? s'étonna son fils.
– C'est pas moi, c'est toi. Tu guéris, Jonathan. À travers moi, ton cerveau te dicte la voie à suivre.
– T'es une sorte d'ange-gardien quoi ?
– Je suis la sagesse incarnée, trouva bon de plaisanter John.
Jonathan sourit à contre-coeur. Il comprenait que son père lui mentait pour l'aider à vaincre sa maladie mais la pilule ne passait pas. Depuis près d'un an, il répétait à ses parents qu'il ne faisait plus de crises, que c'était du passé. Mais ils ne voulurent rien savoir, ils lui conseillaient de continuer le traitement, « au cas où ». Durant tout ce temps, Jonathan cherchait à comprendre la raison pour laquelle ses parents souhaitaient le manipuler de la sorte. Bien entendu, pour ne pas éveiller leurs soupçons, il prenait consciencieusement ses médicaments après dîner, qu'il recrachait tout aussi consciencieusement une fois monté dans sa chambre. Dix à quinze fois par jour, il simulait une crise. Il appelait son père Christian, sa mère Catherine, et lui-même Jérôme. Lors d'une de ses réelles premières crises, quand sa mère lui a demandé « pourquoi ces prénoms ? », il a seulement répondu que « la réalité n'est jamais loin ». Jonathan a su garder cette facette énigmatique pour ses mascarades. Seul dans sa chambre, il préparait ses crises, des phrases toutes faites, des mouvements millimétrés, puis il les jouait devant son miroir des dizaines et des dizaines de fois afin de les perfectionner si besoin, avant de descendre dans le salon pour manipuler à son tour ses parents. Le peu de temps qui lui restait, il le passait à épier leurs moindres gestes, son dictaphone à la main, en quête de l'indice qui prouverait leur trahison.
À compter de ce jour, il n'avait encore rien découvert. Si ce n'est une matière dure et lisse que sa main rencontra tandis qu'il se penchait pour chercher à redresser son siège. Il laissa glisser lentement ses doigts le long de l'objet et sentit des lanières souples et effilochées : celles du sac à main de sa mère.

# Posté le mercredi 11 avril 2007 19:12

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