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En Repérage, chapitre 2 : En Arrière

En Repérage, chapitre 2 : En Arrière
Tandis que je lis un article sur Abbas Kiarostami, mon père change de station de radio. Les informations nationales envahissent mes oreilles vierges. Mon esprit me dicte à nouveau de faire abstraction de tous les malheurs qui traversent le monde. Protégé dans mon carcan imaginaire, plus rien ne peut m'atteindre. La radio n'a aucune emprise sur mon appareil auditif. De mes cinq sens, seule la vue fonctionne. Mes yeux se détachent du magazine pour se poser sur les mots muets que laisse échapper la bouche de mon père. Ses mouvements de lèvres suivent à la lettre les informations comme une chanson dont il connaîtrait chaque parole, chaque son intouchable. Il se retourne dans ma direction tout en continuant de bouger les lèvres. J'ôte mes boules quiès pour en revenir à la réalité.
– Tu veux pas t'installer à l'avant ? répète une énième fois Christian.
– Non, je suis bien, là, lui réponds-je, allongé de tout mon long sur la banquette arrière.
– Tu veux que j'éteigne la radio ?
– Non, c'est bon, dis-je en me replongeant dans mon magazine après avoir remis mes boules quiès.
Kiarostami dit, certains spectateurs m'ont dit que je les avais habitués dans mes films à voir des paysages, de la nature et qu'ils étaient encore venus voir le paysage, la nature. En réalité, chaque film nécessite son propre lieu.
Bien qu'indifférent aux films du réalisateur, je lis avec attention l'article. J'ai loué il y a quelque temps un de ses films, pensant que c'était Ten alors qu'il s'agissait de Ten On Ten, son making of. C'est ce soir-là que ma maladie a débuté.
Kiarostami exprimait dans ce documentaire ses idées et son regard sur le cinéma, étrangement proches des films de Lynch avais-je remarqué. L'esthétique et la structure de leurs oeuvres respectives s'opposent mais le fil conducteur reste le même : la liberté d'imagination.

L'absence de tout angle contraignant.

La fin d'un ordinaire cinématographique.

Le renouvellement de l'esprit.
– Quoi ? finis-je par demander à mon père en enlevant de nouveau mes boules quiès.
– Je voulais juste savoir si t'avais mangé le dernier pim's, me demande-t-il.

# Posté le samedi 17 mars 2007 06:10

Modifié le samedi 17 mars 2007 08:26

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