Ça y est. Je l'ai trouvé. Enfin. Après tant de temps à être passé à côté, après tant de temps passé à la rechercher, après tant de temps passé. Je l'ai. Elle était là. M'attendait. M'observait peut-être, depuis tout ce temps. Me surprenait à la tromper avec d'autres. Des dizaines, des centaines, des milliers – plus encore? – . J'ai arrêté de les compter. Dès la première j'ai arrêté de les compter. Ça ne m'est même pas venu à l'esprit. Beaucoup trop nombreuses. La plupart ne font que passer dans ma vie. Elles restent trois quatre minutes puis elles plient bagage. Celles-ci ne durent pas. Elles ne comptent pas. Dès le premier contact, dès la première seconde je le sais. Elles ne vont pas rester. Je le sais. Elles ne restent pas. Ce n'est pas leur faute. C'est moi. Ça vient de moi. Elles ne me plaisent pas. Elles peuvent plaire à d'autres j'en conviens. Elles peuvent rester dans leur vie je n'en doute pas. Elles en ont la capacité, l'ambition, le devoir même. Elles ne choisissent pas, le premier venu ça leur convient. Elles ne sont pas difficiles – ou a contrario peut-être trop difficiles qui sait?, on ne peut les comprendre – . D'autres, moins nombreuses, restent. Elles restent car je le veux. Elles restent chez moi. Dans ma maison. La cuisine. Le salon. La salle de bain. La chambre. Elles envahissent chacune des pièces. Elles me suivent partout où je vais. Non, rectification: je les emmène partout où je vais. Car elles ont le choix. Elles sont autonomes. Je leur laisse leur libre arbitre. Elles peuvent si elles le veulent m'abandonner, me laisser en plan. Mais il leur faut du temps. Plus de temps que ces aventures de trois ou quatre minutes. Il leur faut le temps de prendre leurs distances, petit à petit. Ne pas se précipiter. Faire des adieux prolongés. Car elles sont ancrées en moi. Des émotions, des sensations, des sentiments se sont créés pendant ces quelques jours, pendant ces quelques semaines. Elles ne peuvent résoudre à s'échapper en deux temps trois mouvements. Non pas que je les tienne prisonnières ou quoi que ce soit, elles sont libres d'aller où elles veulent – d'ailleurs je suis persuadé que chacune d'entre elles m'a trompé et me trompe aujourd'hui même, à cet instant précis. Pour preuve, j'en ai surpris quelques unes, dans la rue, chez des amis, dans ma famille. Ces instants d'intimité et de complicité qu'on a ensemble, ces instants qui n'appartiennent qu'à nous deux s'avèrent finalement n'appartenir qu'à moi-même. Depuis, j'ai passé un accord avec chacune d'entre elles: on se doit de tout se dire. La moindre infidélité, que ce soit une simple aventure, une courte escapade de routine, le moindre détail qui puisse nuire à notre relation, on s'est promis de tout se dire. Au bout de quelques jours, à peine une semaine si mes souvenirs sont exacts, j'ai arrêté. Me rendant à l'évidence qu'on ne pouvait tout se dire. Tout ce cinéma était inutile. Et sans intérêt. Penser qu'elles me diraient tout était stupide. Une bêtise de ma part. En un sens elles n'avaient pas tort – elles n'avaient pas raison pour autant – . Tout se dire comme je l'avais proposé était impensable. Je l'avais pourtant pensé, je l'avais même cru, j'étais persuadé de ma bêtise dont je ne réalisais pas encore l'impensable de sa mise en pratique. Mais je n'aurais pas dû. Tout se dire était inconcevable. Je le conçois à présent. Je devais me rendre à l'évidence même: ne pas tout se dire n'était pas se mentir. Je devais me résoudre au fait que cette véracité du faux n'en était pas une, elle n'était pas un a priori, encore moins un simulacre mais était bel et bien le vrai lui-même, le vrai en personne, sans artifice aucun. J'éprouvais tout de même de la culpabilité à pouvoir cacher à chacune d'entre elles toutes mes relations éphémères. Ainsi pour m'innocenter aux yeux de chacune d'entre elles a fortiori aux miens je rejetais la faute sur la multiplicité de ces relations dont je me délectais – malgré moi cela va sans dire – et le peu de temps que je partageais avec chacune d'entre elles amenant l'argument plus que convaincant qui est de privilégier chaque instant passé avec chacune d'entre elles afin que chacune d'entre elles soit comblée et heureuse en ma compagnie. N'étant moi-même plus très sûr de ce que j'avançais, nous avons convenu d'un second accord: avouer les fautes les plus importantes, faire l'impasse sur les aventures d'un jour, d'un soir, d'une nuit. Après tout ces aventures sont indépendantes de notre volonté, elles surgissent toujours d'on-ne-sait-où on-ne-sait-quand on-ne-sait-comment on-ne-sait-pourquoi. Quoi qu'il en soit, où en étais-je? Elles sont libres, oui c'est ça, elles sont libres. Libres d'aller où elles veulent avec qui elles veulent. Là n'est pas le problème. Seulement elles m'imprègnent. Elles s'accrochent. Elles me vident de mon être, de mon esprit. Puis, rassasiées, elles partent. Peu à peu. Parfois d'un commun accord, parfois non. Souvent non. On se quitte à regret, on s'éloigne chacun de son côté. La lassitude commence à gagner. Elle grignote les relations que je peux entretenir avec chacune d'entre elles. Les pires comme les meilleures. Mais je ne vais pas me plaindre. La vie est ainsi faite. Elle les fait défiler les unes après les autres, les unes pendant les autres. Ce n'est pas moi qui les choisis, ce sont elles. Elles me choisissent. Elles me cherchent puis me trouvent en se disant «celui-ci je vais me le faire je vais m'installer avec lui quelques temps je vais m'installer à l'intérieur de lui je vais l'imprégner je vais m'accrocher à lui le vider de son être de son esprit je vais le sucer jusqu'à la moelle puis je le jetterai quand ça suffira quand il n'en pourra plus quand il me suppliera de rester encore de l'imprégner de m'accrocher à lui de le vider de son être de son esprit de le sucer jusqu'à la moelle mais la lassitude commence à gagner la vie est ainsi faite alors je le lâche je lâche prise puis vais en imprégner un autre m'accrocher à un autre et le vider de son être et de son esprit et le sucer jusqu'à la moelle pour ensuite lâcher prise et en imprégner un autre et ainsi de suite et cela toutes les trois ou quatre minutes un boulot à la chaîne sans cesse s'installer quelque part puis partir s'installer quelque part puis partir s'installer quelque part puis partir», elles se disent ça tout en sachant qu'elles ne se poseront définitivement que lorsque lui l'aura décidé, lorsque cet autre sera tombé sous le charme, tombé amoureux, coup de foudre, âme s½ur, et tout le baratin. Cet instant elles l'attendent. Chacune d'entre elles. Je ne croyais pas concrètement à un amour aussi parfait. À cet amour qui consume de l'intérieur, qui ravage notre être, notre esprit. Ce n'est pas de l'amour. C'est autre chose. Ça ne ressemble en rien à un besoin d'affection, de sexe, d'autrui. C'est un besoin, mieux qu'un besoin c'est un manque, un manque dont on ne prenait jusque là pas conscience, un manque qui est comblé par «Elle». «L'élue». L'au-delà. Ce n'est pas humain. C'est inexplicable. Abstrait. Voici la situation: elle est arrivée. Surgie de nulle part. Elle m'est tombée dessus sans que je ne m'en rende compte. Elle m'est pourtant apparue comme une évidence à cet instant précis. Je l'entends tout d'abord de loin. Un vague chuchotement. Une sensation de bien-être m'envahit. Une paix intérieure. Je m'approche. À petits pas. Je ne me précipite pas. Je fais durer cet instant le plus longtemps possible. Sa voix se fait de plus en plus présente. De plus en plus intense. Je m'approche encore. Je l'entends distinctement à présent. Une voix sublime. Une mélodie magnifique. Une beauté parfaite. Aucun doute, c'est «Elle». Je le sais. Après tant de temps passé je l'avais. La possédais. Je passais à côté d'elle tous les jours sans m'en apercevoir. Je l'ignorais sans le savoir. Occupé à autre chose. Occupé à la tromper. À rechercher ailleurs. Dans les moindres recoins. Partout. Partout excepté là. Je ne l'attendais pas là. Je m'en veux tellement de ne pas l'avoir aperçue durant tout ce temps. Ce temps si précieux. Mais je n'y pense qu'un court instant. Elle recouvre de sa présence mes pensées. Elle les subjugue, les envoûte, les prend à part pour les hypnotiser et les anesthésier. Je m'abandonne à elle. Ferme les yeux. M'allonge. L'écoute. L'imagine. Mon esprit s'élève. Il savoure cet instant. Il regarde cette scène qu'il a mainte fois attendue, qu'il s'est représentée des centaines et des centaines de fois sans trop y croire. Il regarde ce corps étendu sur le lit. Ce corps qui semble paisible, serein, libre, capable d'affronter la vie. Heureux. Pour la première fois véritablement heureux. Tout comme lui. Ce moment tant attendu terminé je reprends conscience. Je reprends vie. Car elle m'a tué. Elle m'a littéralement tué. Dépouillé du moindre battement de c½ur, du moindre souffle, de la moindre respiration inspiration expiration continuation. Je revis. Regarde à l'extérieur. Rien ne semble avoir changé. Le feu est passé cinq fois au rouge cinq fois à l'orange quatre fois au vert, vingt-trois voitures sont passées dont quatre en excès de vitesse et deux sans ceinture de sécurité, la vieille dame d'en face a ramassé sa poubelle, donc les éboueurs sont passés, les ouvriers sont partis déjeuner, donc il est 12h30 passé, le téquèl du voisin n'arrête pas d'aboyer, rien n'a changé. La vie suit son cours. Personne n'a remarqué l'incroyable qui vient de se produire. Je n'ai plus la force de faire le moindre geste. Ce que je sais c'est qu'il me faut profiter de ce moment car il ne va pas durer indéfiniment. Je le sais. Je dois en profiter. Savourer chaque seconde. Se remémorer cet instant merveilleux. Penser à elle. Penser à toi. Toi, mon amour. Je ne vais pas te tromper tu sais. Pas pour le moment. Pas déjà. Peut-être jamais. J'espère jamais. Je n'en sais encore rien. Pour le moment je reste avec toi tu restes avec moi. Ces prochains jours, ces prochaines semaines je t'aime. Je te veux rien que pour moi. S'il te plaît ne me trompe pas. Pas pour le moment. Je t'en prie. Ne me fais pas ça. Attends. Attends un peu. Reste là. J'arrive. Encore. Encore une fois.
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This is the first day of my life
I swear I was born right in the doorway
I went out in the rain suddenly everything changed
They're spreading blankets on the beach
Yours is the first face that I saw
I think I was blind before I met you
Now I don't know where I am
I don't know where I've been
But I know where I want to go
And so I thought I'd let you know
That these things take forever
I especially am slow
But I realize that I need you
And I wondered if I could come home
Remember the time you drove all night
Just to meet me in the morning
And I thought it was strange you said everything changed
You felt as if you had just woke up
And you said “this is the first day of my life
I'm glad I didn't die before I met you
But now I don't care I could go anywhere with you
And I'd probably be happy”
So if you want to be with me
With these things there's no telling
We just have to wait and see
But I'd rather be working for a paycheck
Then waiting to win the lottery
Besides maybe this time is different
I mean I really think you like me
n.b. les paroles ci-dessus sont celles de la chanson the first day of my life (tirée de l'album i'm wide awake it's morning) de Conor Oberst, auteur-compositeur du groupe Bright Eyes.