Enfer Bleu : Jeudi 17 Février 2005, 18 h 08 (chapitre 12)

Encore une semaine de faite. Quel plaisir d'être en week-end. Quel plaisir d'être ce week-end. Je fais ça ce soir ou j'attends demain ? Non, je n'aurai pas le courage d'attendre demain. Je la demande en mariage ce soir. Elle doit revenir vers vingt heures avec le bébé. Je nous fais un bon dîner aux chandelles. Tacos et fajitas, ça nous rappellera notre premier dîner. Notre rencontre. Neuf mois que je suis heureux. Ça se fête. Tiens, c'est quoi sur la table ? Arrête, Freud. Oui, moi aussi je suis content de te voir. C'est un cadeau ? Ce doit être pour Jade. De la part de Jade. Tout bien réfléchi, ce doit être pour moi. Pourquoi m'avoir envoyé un cadeau ? Elle aurait pu me le donner ce soir. L'emballage n'est pas très réussi. Elle qui se dit décoratrice d'intérieur à ses heures perdues, elle a assorti un papier cadeau bleu avec un ruban strictement de la même couleur. Qu'elle n'aille pas me dire que j'ai mauvais goût, après ça. Bon, j'y mets les dents. C'est quoi cette odeur ? Ça ressemble à de la réglisse. Elle me poursuit même dans la réalité, maintenant ? Non, j'ai l'impression que ça vient de l'intérieur. C'est de plus en plus désagréable, j'en ai des hauts-le-coeur. De l'air, il me faut de l'air. J'ai besoin de respirer. Pourquoi l'odeur viendrait du cadeau ? Allez, je retiens ma respiration et je l'ouvre. Je perçois toujours l'odeur insupportable de la réglisse. Mais ... ce sont bien des réglisses. Des centaines et des centaines de rouleaux de réglisses. Je lui avais pourtant dit que les réglisses me révulsaient. Là, un papier. Vengeance. Vengeance ? Pourquoi ? Quelle vengeance ? Pourquoi m'envoyer tous ces réglisses. Je ne pense pas lui avoir fait du tort. Ou alors, c'était involontaire. Cette odeur, c'est intenable. Pire que dans mes cauchemars. Une espèce d'odeur de peinture s'ajoute à celle des réglisses. D'ailleurs, je ne l'invente pas, ce sont bien des gouttes de peinture que j'aperçois sur ces réglisses. Des gouttes de peinture bleues. Allez hop, je vide tout ça dans la poubelle et j'appelle Jade pour savoir ce que ça signifie. C'est quoi ça, encore ? Elle m'a laissé des surprises parmi tous les réglisses. Qu'est-ce que ... ?
- Mon Dieu, mais c'est ...

# Posté le samedi 22 octobre 2005 04:35

Enfer bleu : Lundi 14 Février 2005, 15 h 39 (chapitre 11)

- Enfin. Je vais accoucher. Ce n'est pas trop tôt. Après neuf mois de souffrance, je vais expulser ce monstre. J'aurais dû penser aux conséquences quand j'ai décidé de le garder. Il m'en a fait endurer. La fatigue. Les nausées. Les transformations physiques. Si tu voyais ce que tu as fait de moi, sale petit monstre. Je ne suis plus rien. Un tas de viande. Un déchet. Et encore, le pire reste à venir. Dans moins de vingt-quatre heures, tu vas m'exploser le vagin. Quand je pense que tout ça n'arriverait pas si tu avais eu le cran de te faire avorter. Quelle idiote. Tu te reposerais en ce moment même tranquillement chez toi, un verre de martini à la main, ton tout premier plan mis à exécution depuis belle lurette. Tu serais soulagée. Débarrassée de ce poids qui te pesait depuis toutes ces années et dont tu ne parvenais pas à te défaire malgré les nombreuses thérapies que tu as pu suivre. Ironie du sort : ce connard est psy. Je n'arrive toujours pas à y croire. Ton père est psy. Psychanalyste. Tu ne sais rien de ton père, ma pauvre Océane. Tu ne sais pas de quoi ce salaud est capable. Et toi, tu veux savoir ce que ton père a fait ? Tu veux que je te le dise ? Pourquoi est-ce que je m'obstine à te parler ? Tu ne comprends rien à ce que je dis, n'est-ce pas ? Tu n'as aucune idée de ce dont je suis en train de te parler. Tu peux connaître l'identité de ton père, tu n'en aurais rien à foutre, attardé comme tu es. Mais ne t'en fais pas, dès que je t'aurai expulsé, dès que tu auras terminé de m'en faire baver, ce sera à mon tour de t'en faire baver. À toi mais aussi à ton père. Surtout à ton père. Tu n'es là que pour mener à bien mon nouveau plan. Grâce à toi, ce nouveau plan est l'évidence même. Ta venue au monde est ce que j'attends depuis bientôt sept mois, depuis cette idée brillante et d'une logique implacable qui m'est venue un soir, alors que je baisais ton père sur le divan du salon. Ce jour est enfin arrivé. Ma vengeance. Ta vengeance, Jade.
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# Posté le samedi 22 octobre 2005 04:32

Enfer bleu : Vendredi 27 Août 2004, 1 h 20 (chapitre 10)

- Déjà trois mois. Trois mois que je suis un peu père. J'ai eu du mal à me faire à l'idée que Jade attende un bébé. Bien entendu, ça m'a effrayé les deux premiers mois. Les cauchemars ont continué de plus belle. Toujours ces maudits réglisses, toujours cette chaleur, toujours ce bleu. Jade en a ras le bol, comme tu peux l'imaginer. Elle est allée dormir dans le salon plusieurs nuits parce que je la réveillais. Je n'arrêtais pas. Surtout les premiers jours. Tu es en Enfer Jérôme, tu es en Enfer Jérôme, tu es en Enfer Jérôme. Mais parfois, je fais d'autres cauchemars. Comme celui où je vois Jade se faire agresser par toutes ces gouttes, sous sa douche. Je t'en ai déjà parlé, il me semble, non ? J'en ai fait un la nuit dernière qui est encore plus étrange. Tu veux que je te raconte ? Pourquoi est-ce que je te demande ? Tu n'as pas le choix, tu es mon psy. Bon, pour résumer, j'étais sur le lit, à côté de ma femme. Je t'ai parlé de ma femme ? Hélène. Elle était avec moi, en train de lire un de ses magazines. Un truc comme Maison Française, tu vois le genre. Bref, elle lisait de son côté et moi du mien. Un livre bleu. Oui, encore ce bleu. Tout à coup, je me penche vers ma femme pour lui dire quelque chose : elle n'est plus là. À la place du magazine, une feuille. Je suis enceinte, Jérôme. Adieu. P.S. : j'ai emmené tes filles au cinéma. Sur ce, je m'endors. Des coups sourds me réveillent en sursaut. Quelqu'un essaie de me frapper. Je ne vois rien : tout est bleu. Je suis à l'étroit. Je sens un liquide chaud et poisseux me recouvrir entièrement le corps. Je parviens tout de même à respirer. Je me débats comme un diable contre mon agresseur. Je suis ballotté de tous les côtés. J'ai l'impression d'être dans une grosse bulle. D'être protégé de mon agresseur. Ce qui n'est pas le cas : il parvient à transpercer la bulle par le bas. Je vois les efforts qu'il fait pour m'attraper. Je me colle contre la paroi du haut pour qu'il ne puisse pas me toucher. Il se rapproche de plus en plus. Une odeur infecte se fait sentir. Je suis maintenant certain qu'il s'agissait d'une odeur de réglisse. Ce ne peut être que ça. Quoi qu'il en soit, il se rapproche. Il se rapproche, il se rapproche encore puis, alors qu'il est sur le point de me toucher, il refait marche arrière et disparaît, laissant derrière lui un large espace dans lequel j'essaie de me faufiler. Je passe la tête à travers le trou et vois ma grande fille, alors âgée de sept ou huit ans, debout sur le trottoir, qui me dévisage comme si j'étais un monstre. Dès lors, je me rends compte que je suis un foetus, l'espace duquel ma tête ressort s'avérant être un vagin. Je tente tant bien que mal de me dégager du ventre de cette personne, seulement je suis retenu par le cou par mon cordon ombilical. J'ai à peine le temps d'essayer de le détâcher que je vois une ombre surgir de nulle part et suis de nouveau ballotté de tous les côtés. Ce que je devine être un pied me repousse à l'intérieur. Je ne tiens plus en place et me retrouve la tête en bas. Mon cordon ombilical est cette fois placé au niveau de mon nombril, comme il se doit, cependant il a pris la forme d'un réglisse. Un long rouleau de réglisse qui se déplie à l'infini et dans lequel je m'empêtre. Plusieurs essais infructueux ne font qu'aggraver la situation : le rouleau de réglisse vient s'enrouler autour de mon cou et m'étrangle. Je ne parviens plus à respirer. Je tente de crier, rien n'y fait : le rouleau se ressert davantage. C'est alors que je me réveille en sueur. C'est le dernier cauchemar que j'ai fait. Depuis, tout va bien. Je ne fais plus de cauchemars. Je ne suis plus assailli par des tonnes d'images atroces. Je n'ai plus de crises d'angoisse. Je vais avoir un bébé mais ça ne m'effraie plus. Au contraire. Je suis l'homme le plus heureux du monde. Et bien sûr, je t'ai toi, mon petit Freud. Je crois avoir eu une bonne idée de cadeau pour l'anniversaire de Jade. Depuis que tu es là, ses doutes, ses angoisses et ses peurs se sont dissipés. Et pour couronner le tout, tu me sers de psy. Je vais beaucoup mieux et c'est en partie grâce à toi. Comme quoi, être psy ne demande qu'une chose : de l'écoute. Un psy peut prendre l'apparence de n'importe qui, du moment que ce n'importe qui écoute attentivement. Comme toi, mon petit Freud. Tu as beau être un chien, toi tu m'écoutes. Tu me laisses parler. Merci pour tout ce que tu fais pour nous. Tu es notre sauveur. Je te dois combien ?

# Posté le samedi 01 octobre 2005 13:23

Enfer bleu : Lundi 31 Mai 2004, 9 h 47 (chapitre 9)

Non, ce n'est pas possible. Je suis sûre que ce n'est rien. Ça n'a pas pu arriver. Comment ça marche, ce truc ? Ça n'a pas pu arriver. Pas aussi vite. Ça fait deux semaines. Je dois pisser où ? Seulement deux semaines. On a baisé combien de fois ? À peine une dizaine de fois. Il m'a éjaculé dedans que cinq ou six fois, pas plus. Je dois attendre combien de temps, maintenant ? Deux minutes ? Quelle couleur, si c'est positif ? Le rose, d'accord. Le rose. Tu es sûre que c'est le rose ? Revérifie, on ne sait jamais avec toi. Positif. Rose. Oui, c'est bien ça. Deux minutes. Mon Dieu, faîtes que ce soit négatif. Ça fouterait tout par terre si c'est ce putain de bleu qui apparaît. Qu'est-ce que je ferais ? Je ferais tout comme convenu et je garderais le gamin ? C'est de la folie. Je ne peux pas être enceinte. Pas moi. Plus qu'une minute. Encore une foutue minute et je saurai. Ma vie peut basculer dans cette minute qui vient. Je savais que je n'aurais pas dû coucher avec ce salaud. Il a pourtant mis des capotes. Même le premier soir. On était un peu bourrés mais je suis sûre l'avoir vu en mettre une. Je crois. Je ne sais plus, tout est flou. Je n'arrive pas à me concentrer. Je réfléchirai après. Ça devrait être bon, là. Les deux minutes sont écoulées. Je respire, je respire, je respire. Je regarde ? Inspire. Expire. Allez, je regarde.
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# Posté le mercredi 28 septembre 2005 10:56

Enfer bleu : Lundi 24 Mai 2004, 4 h 11 (chapitre 8)

Ces cauchemars reviennent sans cesse. Ils persistent. Depuis une semaine, ils se font de plus en plus fréquents. Depuis que je sors avec Jade, je fais un cauchemar par nuit, voire plus. Et c'est toujours le même. Toujours le même qui m'empêche de dormir et qui empêche aussi Jade de dormir. Je pensais que sortir avec elle me ferait oublier le passé. J'étais partiellement parvenu à l'oublier. Je ne faisais qu'un ou deux cauchemars par mois. J'étais presque guéri. Mais voilà qu'ils ressurgissent à nouveau. Ça fait pourtant plus de quinze ans. Quinze ans que ces cauchemars me poursuivent. Quinze ans que je n'avais plus couché avec une fille. N'importe quelle fille. Je me souviens avoir essayé des dizaines et des dizaines de fois, sans succès. Je ne parvenais pas à conclure. Des images me tiraillaient. Je ressentais des nausées dès qu'une fille se déshabillait. J'avais envie de vomir dès qu'elle s'approchait de moi, dès qu'elle me touchait, dès qu'elle pressait sa chatte contre mon pénis. Je ne suis pas allé plus loin que ça durant une quinzaine d'années. Alors pourquoi Jade ? Pourquoi suis-je parvenu à la regarder se déshabiller sans ressentir d'affreuses nausées ? Pourquoi suis-je parvenu à la pénétrer, délicatement, sans que toutes les horribles images du passé qui me submergeaient ne me viennent à l'esprit ? Je la regardais sans ressentir autre chose que de l'excitation, du désir, une incommensurable envie d'elle. De son visage. De son corps. Même de sa voix. Je la voulais. Rien que pour moi. Elle et pas une autre. Les cauchemars vont peut-être se dissiper peu à peu. J'espère. Je ne veux pas la perdre. Je ne veux pas perdre la seule fille avec qui je parviens à faire l'amour. Je ne veux pas te perdre, Jade. Je veux que tu restes. Je t'aime. Je n'ai jamais autant aimé quelqu'un. Je crois même n'avoir jamais aimé, auparavent. Je ne savais pas ce qu'était l'amour. Je ne connaissais pas ces sentiments que je ressens depuis que je suis avec toi. Depuis que je t'ai vue. Toi. Ma Princesse.
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# Posté le mardi 27 septembre 2005 11:09