- Vous n'avez aucune originalité, inspecteur.
L'homme que Steve apercevait dans le miroir de l'entrée lui convenait enfin.
- Ce n'est pas mal.
On verra bien, pensa-t-il en prenant une profonde inspiration avant de refermer soigneusement la porte derrière lui.
L'homme que Steve apercevait dans le miroir de l'entrée lui convenait enfin.
- Ce n'est pas mal.
On verra bien, pensa-t-il en prenant une profonde inspiration avant de refermer soigneusement la porte derrière lui.
***
- J'avoue, c'est moi. C'est moi qui l'ai tuée. J'ai sorti mon flingue et lui ai mis deux balles dans le crâne. Je l'ai ensuite amenée dans le terrain vague, près de chez moi, puis l'ai arrosée d'essence. Pendant qu'elle se consumait gentiment, je me suis allumé une cigarette et j'ai fermé les yeux. Et j'ai ri. Je ne peux pas vous donner la raison pour laquelle j'ai ri puisque je ne la connais pas moi-même. Mais le fait est là : j'ai ri. Je venais d'assassiner froidement une femme et je riais. Je regardais son corps se désagréger progressivement et je riais. Malgré moi. J'étais effrayé par ce fou rire que je ne parvenais pas à arrêter. Ce ne fut que lorsque la dernière flamme disparut que je repris mes esprits. J'ai ramassé le tas de cendres encore incandescent, que j'ai jeté dans les toilettes, puis je suis allé me coucher sans aucun scrupule : il n'y avait plus de corps, je n'avais donc tué personne. Le lendemain, j'ai balancé la mâchoire à la poubelle après l'avoir rincée et m'être amusé avec. Elle me rappelait mon enfance. Vous savez, ces mâchoires qui, après avoir déclenché un mécanisme, se mettent à claquer des dents. Quoi qu'il en soit, en ce moment même, elle est précisément enterrée quelque part, parmi des tonnes de déchets. Vous pouvez aller vérifier si vous avez des doutes.
- Tu te crois malin ?
- Pas plus qu'un autre.
- Si tu as réellement assassiné cette prostituée, je suppose que c'est aussi toi qui a assassiné toutes les autres ? C'est la septième qui disparaît en cinq ans.
- Ne me remerciez pas.
- Pourquoi les avoir tuées ?
- Pourquoi ? Vous me demandez pourquoi ? Qu'est-ce que ça peut vous faire ? Je suis là, c'est le principal, non ? J'ai eu le courage de venir jusqu'ici et d'avouer mes fautes, le mystère est résolu, au suivant.
- Ce n'est pas aussi simple. Je n'ai aucune preuve, je ne peux pas t'arrêter.
- Le fait de tout vous dire de vive voix n'est pas une preuve ?
- Non, d'autant que tu n'as pas de casier judiciaire.
- En revanche, si je vous insulte ici et maintenant, vous m'arrêtez ?
- Evidemment.
- J'aurais donc un casier judiciaire ?
- Oui.
- Vous me mettriez alors en taule pour les meurtres que j'ai commis ?
- Toujours pas.
- Pourquoi ?
- Ecoute, des rigolos dans ton genre, j'en vois tous les jours. Je sais que tu n'as pas assassiné ces femmes, alors n'insiste pas. Qu'est-ce que tu veux prouver en affirmant avoir commis ces meurtres ?
- Je fais tout ça pour que vous sachiez que je suis sincère et que je regrette mes actes, quels qu'ils soient. Vous me croirez ou pas, inspecteur, mais vous venez de m'aider comme personne d'autre n'aurait pu le faire et je vous en remercie. Vous m'allégez d'un lourd fardeau. Comprenez-moi, j'avais sept meurtres sur la conscience, je ne parvenais plus à garder ça en moi. Vous me direz, j'aurais pu aller dans une église. Seulement, me confier à quelqu'un que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam me paraît totalement absurde. Vous étiez la seule personne capable de me sortir de là. J'ai donc préféré me rendre au commissariat, au risque de finir en prison. A présent, je suis soulagé. Libéré de cinq ans de pression permanente. Je ne regrette pas d'être venu me confesser. J'avoue que c'était même presque trop facile.
- Que voulez-vous dire ?
- Tout ceci n'est qu'une mise en scène, inspecteur. Vous êtes un acteur. Un pantin facilement manipulable.
- Je ne comprends pas.
- Vous avez vu Usual Suspects ? Bien sûr que vous l'avez vu, quel flic ne l'a pas vu. Vous vous souvenez de la fin ? Les papiers accrochés au mur, la tasse. La fameuse tasse. C'est une idée remarquable, vous ne trouvez pas ? J'ai un ami dans la police qui m'a dit que, quelques mois après la sortie du film, ils se sont aperçus s'être fait berner à plusieurs reprises de cette façon. Depuis, ils boivent leur café dans des gobelets. Bref, ce que je voulais dire, c'est ceci : le personnage qu'incarne Kevin Spacey possède une imagination étonnante dans une situation aussi critique. Il ne se laisse pas envahir par la peur. Le moindre mot de travers et c'est la taule à vie, il le sait, mais il reste maître de lui-même. Sang-froid. Calme. Aplomb. Bien que l'idée soit vicieusement ingénieuse, une capacité d'improvisation si créative et d'assimilation par la mémoire de tant d'informations mensongères est totalement improbable. Evidemment, cela reste un film. Je ne suis pas Verbal Kint, comme personne ne peut l'être dans une condition telle que celle-ci. Les cinq minutes que nous venons de passer ensemble, inspecteur, je les ai peaufinées pendant très longtemps. Aucune improvisation. Que du par coeur. Car, vous savez, à l'inverse de Verbal Kint, je suis très mauvais improvisateur. Très mauvais interlocuteur. Je suis incapable de sortir une phrase sans bafouiller. Je cherche sans cesse mes mots. Lorsque l'on me pose une question, je réagis lentement : je pense au fait de devoir trouver une réponse et non à la réponse elle-même. Ces cinq années m'ont donc été profitables. Elles m'ont permis d'analyser chaque mot en détail. Dès la première seconde où je suis entré dans cette pièce, j'ai joué mon rôle à merveille. Je vous ai simplement récité mon texte. Un texte que je me suis répété en boucle chaque jour pendant près de cinq ans. Un texte dont chaque réplique a été soigneusement travaillée. Même les vôtres. J'ai lu tous les Agatha Christie. J'ai regardé des centaines de polars. Des films noirs. Des films policiers. Des films d'espionnage. Des séries télévisées. Je les ai tous passés au peigne fin afin de ne faire aucun faux pas. Je connaissais à l'avance la moindre de vos réactions, le moindre de vos gestes, la moindre de vos intonations. Avant même que vous n'ouvriez la bouche, je savais exactement ce qui allait en sortir : des répliques toutes faites. Vous n'avez aucune originalité, inspecteur.
- Tu te crois malin ?
- Pas plus qu'un autre.
- Si tu as réellement assassiné cette prostituée, je suppose que c'est aussi toi qui a assassiné toutes les autres ? C'est la septième qui disparaît en cinq ans.
- Ne me remerciez pas.
- Pourquoi les avoir tuées ?
- Pourquoi ? Vous me demandez pourquoi ? Qu'est-ce que ça peut vous faire ? Je suis là, c'est le principal, non ? J'ai eu le courage de venir jusqu'ici et d'avouer mes fautes, le mystère est résolu, au suivant.
- Ce n'est pas aussi simple. Je n'ai aucune preuve, je ne peux pas t'arrêter.
- Le fait de tout vous dire de vive voix n'est pas une preuve ?
- Non, d'autant que tu n'as pas de casier judiciaire.
- En revanche, si je vous insulte ici et maintenant, vous m'arrêtez ?
- Evidemment.
- J'aurais donc un casier judiciaire ?
- Oui.
- Vous me mettriez alors en taule pour les meurtres que j'ai commis ?
- Toujours pas.
- Pourquoi ?
- Ecoute, des rigolos dans ton genre, j'en vois tous les jours. Je sais que tu n'as pas assassiné ces femmes, alors n'insiste pas. Qu'est-ce que tu veux prouver en affirmant avoir commis ces meurtres ?
- Je fais tout ça pour que vous sachiez que je suis sincère et que je regrette mes actes, quels qu'ils soient. Vous me croirez ou pas, inspecteur, mais vous venez de m'aider comme personne d'autre n'aurait pu le faire et je vous en remercie. Vous m'allégez d'un lourd fardeau. Comprenez-moi, j'avais sept meurtres sur la conscience, je ne parvenais plus à garder ça en moi. Vous me direz, j'aurais pu aller dans une église. Seulement, me confier à quelqu'un que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam me paraît totalement absurde. Vous étiez la seule personne capable de me sortir de là. J'ai donc préféré me rendre au commissariat, au risque de finir en prison. A présent, je suis soulagé. Libéré de cinq ans de pression permanente. Je ne regrette pas d'être venu me confesser. J'avoue que c'était même presque trop facile.
- Que voulez-vous dire ?
- Tout ceci n'est qu'une mise en scène, inspecteur. Vous êtes un acteur. Un pantin facilement manipulable.
- Je ne comprends pas.
- Vous avez vu Usual Suspects ? Bien sûr que vous l'avez vu, quel flic ne l'a pas vu. Vous vous souvenez de la fin ? Les papiers accrochés au mur, la tasse. La fameuse tasse. C'est une idée remarquable, vous ne trouvez pas ? J'ai un ami dans la police qui m'a dit que, quelques mois après la sortie du film, ils se sont aperçus s'être fait berner à plusieurs reprises de cette façon. Depuis, ils boivent leur café dans des gobelets. Bref, ce que je voulais dire, c'est ceci : le personnage qu'incarne Kevin Spacey possède une imagination étonnante dans une situation aussi critique. Il ne se laisse pas envahir par la peur. Le moindre mot de travers et c'est la taule à vie, il le sait, mais il reste maître de lui-même. Sang-froid. Calme. Aplomb. Bien que l'idée soit vicieusement ingénieuse, une capacité d'improvisation si créative et d'assimilation par la mémoire de tant d'informations mensongères est totalement improbable. Evidemment, cela reste un film. Je ne suis pas Verbal Kint, comme personne ne peut l'être dans une condition telle que celle-ci. Les cinq minutes que nous venons de passer ensemble, inspecteur, je les ai peaufinées pendant très longtemps. Aucune improvisation. Que du par coeur. Car, vous savez, à l'inverse de Verbal Kint, je suis très mauvais improvisateur. Très mauvais interlocuteur. Je suis incapable de sortir une phrase sans bafouiller. Je cherche sans cesse mes mots. Lorsque l'on me pose une question, je réagis lentement : je pense au fait de devoir trouver une réponse et non à la réponse elle-même. Ces cinq années m'ont donc été profitables. Elles m'ont permis d'analyser chaque mot en détail. Dès la première seconde où je suis entré dans cette pièce, j'ai joué mon rôle à merveille. Je vous ai simplement récité mon texte. Un texte que je me suis répété en boucle chaque jour pendant près de cinq ans. Un texte dont chaque réplique a été soigneusement travaillée. Même les vôtres. J'ai lu tous les Agatha Christie. J'ai regardé des centaines de polars. Des films noirs. Des films policiers. Des films d'espionnage. Des séries télévisées. Je les ai tous passés au peigne fin afin de ne faire aucun faux pas. Je connaissais à l'avance la moindre de vos réactions, le moindre de vos gestes, la moindre de vos intonations. Avant même que vous n'ouvriez la bouche, je savais exactement ce qui allait en sortir : des répliques toutes faites. Vous n'avez aucune originalité, inspecteur.