Enfin ...

Enfin ...
Je viens de publier mon premier ouvrage, Blue Hell, et autres textes, trouvable sur le site amazon.fr ou encore sur , et peut aussi être commandé en librairies.

Ci-contre, la couverture et quatrième de couverture.

Et là, le synopsis :

Blue Hell :
Jade interrompt les pensées de Jérôme. Il réfléchit trop, il le sait. Il aimerait tellement pouvoir dire ce qu'il pense, comme tout le monde fait. Ça paraît si simple.
Jade interrompt les pensées de Jérôme. Haute en couleur, elle comble les blancs et, au fur à mesure de la journée, déteint sur Jérôme – les verres de rouge aidant.
Dans Blue Hell, la pensée répond au langage. Entre Jérôme et Jade, la complémentarité est au rendez-vous.
Humour, tendresse, sentiments. Et vengeance.

Dans Compte à rebours, ta mère te regarde te détruire à petit feu, impuissante face à ta décision de vouloir changer les apparences.
La pièce Soirée parisienne est l'histoire d'une perte de mémoire. Comment se remémorer une soirée perdue dans l'inconscient ? Rien de plus simple : une fois le puzzle théâtral reconstitué, tout devient clair.
Die Vicious, die rapporte les dernières minutes d'une star du punk qui n'en est pas une. Sid Vicious, "bassiste" des Sex Pistols, revient sur les faits les plus marquants de sa vie - son imposture : le décès de Nancy, sa carrière solo, son manager Malcolm, son overdose dans quelques secondes ...
Pourquoi tu es partie ? est les quelques pages du journal intime de Jérôme, 45 ans. Il tente de comprendre pour quelles raisons ses relations amoureuses se sont toutes avérées être un fiasco. Pourquoi tout dérape dès que le sexe entre en ligne de compte ? Pourquoi l'amour, le vrai, le beau, le parfait amour n'existe pas ? Pourquoi tout est si compliqué ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi ?
Une trace de mon passage : gare à Envers, le livre de J.L. qui, à peine sorti, se vend comme des petits pains : ses lecteurs, dès que le mot fin apparaît sous leurs yeux, se donnent la mort. L'écriture est une arme.

Inclus également le poème désabusé Première fois, le trauma Hallelujah, ainsi que le fantasque Ce matin j'ai lâché mon job plutôt que de faire comme si tout allait bien.

Quelques mots sur l'auteur (moi!) :

L'envie d'écrire m'est venue après avoir refermé Défaut d'origine d'Oliver Rohe. Je voulais essayer. J'ai pas dit que j'y étais parvenu mais en tous cas je recherche chaque jour. En regardant mon stylo s'affoler, je me demandais ce qu'il pouvait bien trouver de captivant dans ces 26 - et plus encore - mêmes mouvements et je pense avoir trouvé la réponse : la répétition me fascine. Oliver Rohe donc, Thomas Bernhard, la musique, la bande dessinée, les séries télé, l'écriture. Ce que je ne comprends pas alors, c'est la raison pour laquelle je la condamne dans mes textes.
Si quelqu'un a la réponse.

# Posté le lundi 31 juillet 2006 12:25

Modifié le mercredi 23 mai 2007 05:32

Soirée parisienne - Acte 2 (partie 3)

- On s'y remet ? nous demanda Raphaël la bouche pleine de nutella.
- Ouais ce serait bien, répondis-je, je voudrais pas qu'on passe la journée là-dessus.
- De toute façon ça nous occupe, me rassura Laure, on avait rien à faire aujourd'hui.
- C'est clair, approuva mon frère, et puis c'est marrant non ?
- Ouais c'est marrant.
- Même si cet acte-là va l'être un peu moins, intervint Kévin.
- J'en doute pas, dis-je avant d'éteindre la télévision.



ACTE II


Scène première

JÉRÔME, LAURE, RAPHAËL


LAURE, à Jérôme. Ça y est on est arrivé.

JÉRÔME, s'affale sur le canapé. Laissez-moi crever en paix.

LAURE, s'assied à côté de lui. C'est pas de chance ça, j'ai envie de te faire chier.

RAPHAËL. Vous voulez un digeo ?

LAURE. Il nous reste du Bellay's ?

RAPHAËL. Ouais, t'en veux ?

LAURE. Je veux bien.

RAPHAËL. Et toi Jérôme ?

LAURE. Je sais pas si c'est bien qu'il continue de boire.

RAPHAËL. C'est à lui de voir.

JÉRÔME, les larmes aux yeux. J'en veux bien mais juste un fond alors.

LAURE, tentant de lui redonner le sourire. Si ça te fait pleurer, n'en prends pas.

JÉRÔME, essuie ses larmes avec son tee-shirt. Désolé de vous avoir fait rentrer.

LAURE. Arrête d'être désolé.

RAPHAËL, servant le Bellay's. On est quand même mieux chez soi.

LAURE. Qui c'est pourtant qui a eu la bonne idée de descendre ?

RAPHAËL. On allait pas non plus rester toute la soirée à l'appart alors que c'est la fête de la musique.

LAURE. Enfin, niveau musique on a pas entendu grand-chose.

RAPHAËL. Si, la musique du bar était pas mal. Hein Jérôme ?

JÉRÔME, les yeux vitreux rivés sur son fond de verre. Ouais, sympa. On peut mettre l'album ?

RAPHAËL. L'album ?

LAURE, bas à Raphaël. Je lui ai dit qu'on avait l'album.

RAPHAËL, bas à Laure. Bon va chercher un truc du genre Arcade Fire, ça devrait le faire.

JÉRÔME, tendant son verre à Raphaël. J'en veux bien un autre.

RAPHAËL. Déjà ?

JÉRÔME. T'as vu la taille de tes verres.

RAPHAËL, resservant Jérôme. C'est des verres à digeo quoi.

LAURE, met Spinto Band dans la chaîne. J'en veux bien un autre aussi.

RAPHAËL. Toi aussi ? Vous buvez ça comme du petit lait ma parole.

JÉRÔME. Ça se boit bien.

RAPHAËL. Ouais mais ça se déguste le Bellay's.

JÉRÔME. Je déguste très vite.

LAURE, à propos de la musique. Alors, t'aimes toujours ?

JÉRÔME. Ouais c'est sympa.

LAURE, après une poignée de secondes. Ça va mieux ?

JÉRÔME, s'efforce de retenir ses larmes. Ça va.

RAPHAËL, change de conversation. Je me demande comment il se débrouille Kévin, avec ses nouvelles amies.

LAURE. Il devrait bien réussir à en ramener au moins une, bourrées comme elles sont.

RAPHAËL. On le fait dormir dans la chambre du haut ?

LAURE. Plutôt dans le canapé non ? Et Jérôme va là-haut.

RAPHAËL. Ouais il vaut mieux.

LAURE, à Jérôme. Ça te va ?

JÉRÔME, les larmes lui montent aux yeux. Ouais.

RAPHAËL, à Jérôme. Tu veux qu'on en parle ? (Jérôme acquiesce puis fond en larmes.)

***

Je regardai mon frère et pris conscience d'avoir négligé sa présence ces derniers temps. Je ne lui parlais plus comme avant. J'avais toujours pensé que notre relation s'était dégradée depuis qu'il sortait avec Laure alors que tout était entièrement de ma faute. Je m'étais replié sur moi-même. Je repoussais quiconque venait à m'aimer. La moindre personne qui osait m'adresser la parole je la rejettais aussitôt pour ne pas avoir à affronter ses sentiments. Ce matin-là je ressentis un profond sentiment de mal-être en voyant mon frère vouloir m'aider. Je l'aimais mais n'arrivais plus à lui dire, ni même à le lui montrer.

***

LAURE, bas à Raphaël. Je vous laisse. (Elle l'embrasse et se lève.) Bonne nuit Jérôme.

JÉRÔME, prend les mouchoirs que lui tend Raphaël. Tu vas te coucher ?

LAURE. Ouais.

JÉRÔME. Tu veux pas rester ?

LAURE, regarde Raphaël. Je préfère pas.

JÉRÔME. Pourquoi ? Tu peux rester.

LAURE. Non j'ai pas envie de vous déranger.

JÉRÔME. Tu nous déranges pas.

RAPHAËL. Et j'aimerais bien que tu restes.

LAURE, étonnée. Pourquoi ?

RAPHAËL. Pour en parler avec toi. Je dis pas que ça te concerne mais je me sentirais mieux. Ça te dérange pas ?

LAURE. Non pas du tout. Au contraire. (Bas à Raphaël.) Merci.

RAPHAËL, bas à Laure. Merci à toi. Mets-toi à côté de Jérôme, il serait content.

LAURE, bas à Raphaël. T'es sûr que ça le dérange pas que je sois là ?

RAPHAËL, bas à Laure. Je le connais. Il t'adore.

JÉRÔME, voyant les deux chuchoter. Qu'est-ce que vous complotez vous deux ?

LAURE. On disait que tu m'aimais bien.

JÉRÔME. C'est pas faux.

LAURE. On peut même dire que tu m'adores non ?

JÉRÔME. J'irai pas jusque là quand même mais bon c'est vrai que t'es un peu géniale comme fille.

LAURE, à Raphaël. C'est bon ? T'as enregistré ça ?

RAPHAËL. C'est dans la boîte.

LAURE. Ça te dérange pas alors que je vienne m'asseoir à côté de toi ?

JÉRÔME. Si tu m'embêtes pas trop, y a pas de problème.

LAURE, s'asseyant près de Jérôme. Alors comme ça toi t'as le droit de m'embêter mais moi j'aurais pas le droit ?

JÉRÔME. C'est ça, t'as tout compris.

LAURE, elle le pousse gentiment de l'épaule. Ça va pas se passer comme ça crois-moi, je me laisserai pas faire. (Un silence pesant s'installe, le premier de la soirée. Aucun des deux n'ose faire le premier pas. Après une bonne dizaine de secondes Laure tente de briser la glace.) Avant tout j'aimerais dire quelque chose.

RAPHAËL, surpris. On t'écoute.

LAURE. Comme vous le savez j'ai jamais connu mon père. Il est parti avant même que je naisse. Mais il me manque pas. Je le connais pas. Je sais pas qui c'est. Je sais pas où il est. Je sais même pas ce que c'est que d'avoir un père. (Des larmes coulent le long de ses joues.) Je sais pas pourquoi je pleure là.

JÉRÔME, lui prend la main. Tu veux que je te dise pourquoi tu pleures ?

LAURE, dans un sanglot. Vas-y.

JÉRÔME. Tu viens de le perdre. (Il prend une inspiration.) Tu viens de perdre ton père en même temps que le nôtre.

***

- Je suis désolé, je peux pas continuer, fis-je brusquement avant de me lever.
J'enfilai ma veste et me dirigeai vers la porte. Raphaël se leva et me prit la main. Je m'arrêtai net. Je ne savais pas si c'était dû à l'alcool de la veille ou à la scène inédite qui se présentait mais les choses tournaient devant mes yeux. Mon frère ne me lâchait pas la main. Je vivais un de ces moments où plus rien autour n'avait d'importance, seul mon esprit existait.
- Rassieds-toi s'il te plaît.
Il fit un signe à Laure comme quoi elle pouvait commencer la seconde scène.



Scène 2

JÉRÔME, LAURE, RAPHAËL, KÉVIN


LAURE, pleurant toutes les larmes de son corps. Votre père était vraiment quelqu'un de bien.

RAPHAËL, s'approche de Laure et lui prend l'autre main. Je suis content que tu l'aies connu, même si c'était que pour deux mois.

LAURE. Enfin, si ça me met dans cet état-là ...

RAPHAËL. Ça te fait du bien.

LAURE, peu convaincue. Ouais.

JÉRÔME. Moi aussi je suis content que tu l'aies connu, tu sais. Aucune de mes copines ne l'ont connu, j'ai l'impression de rien pouvoir échanger avec elles. Heureusement que t'es là.

LAURE. Tu parles on se voit trois fois dans l'année.

JÉRÔME. C'est déjà ça.

LAURE, émue. Merci.

JÉRÔME. Je trouve même que ça fait beaucoup, il faudrait penser à réduire un peu.

LAURE, sourit. D'accord je viens pas à ton anniversaire. Dommage, moi qui voulais t'offrir une villa à Hawaii.

JÉRÔME. Voyage compris ?

LAURE. Évidemment.

JÉRÔME, après réflexion. On se voit pas assez je trouve. Dis-moi ce que t'en penses mais une ou deux fois par jour ça me semble plus raisonnable.

LAURE, rejettant sa main. Salaud. (Elle se lève.) Bon je vais me coucher cette fois.

JÉRÔME. Tu veux pas rester encore ?

LAURE. Non je vous laisse.

RAPHAËL. Ça va aller ?

LAURE. Ouais. (Elle embrasse Raphaël puis fait la bise à Jérôme.) Bonne nuit.

JÉRÔME. Bonne nuit, à demain.

RAPHAËL. Bisous. (Au même moment la porte d'entrée s'ouvre. Apparaît alors un Kévin titubant.) Alors, cette fin de soirée ?

KÉVIN. Sympa.

RAPHAËL. Tu nous ramènes personne ?

KÉVIN, mécontent. Non.

LAURE. Bon je vous laisse entre mecs. Vous pourrez discuter de cul.

RAPHAËL. Tu sais, on parle pas de ça entre nous. Surtout entre frères et cousins.

LAURE, ôte ses chaussures. Vous parlez de quoi alors ?

RAPHAËL. Plein de trucs. De jeux video, de musique, de cinéma.

JÉRÔME. De philosophie médiévale, de physique cantique, d'art contemporain.

LAURE. D'art contemporain ? Ça m'intéresse là. Tu peux me dire ce que tu penses de la série des Clowns de Cindy Sherman ?

JÉRÔME. Très drôle. Vraiment très drôle. Je me suis super bien marré quand je les ai vus.

LAURE, monte les escaliers. Merci Jérôme, tu me rassures. Continuez à parler de cul, y a au moins un domaine où vous vous y connaissez.

RAPHAËL, haut. Tu penses peut-être qu'on le prendra mal mais finalement c'est assez flatteur ce que tu viens de dire.

KÉVIN. Elle est partie se coucher parce que je viens d'arriver ?

RAPHAËL. Non elle partait déjà avant que tu viennes.

KÉVIN, regarde Jérôme. T'en as une drôle de tête toi.

JÉRÔME. Tu peux parler, t'as une gueule de déterré.

RAPHAËL. Alors, qu'est-ce qui s'est passé avec tes copines ? Elles sont devenues lesbiennes en te voyant ?

KÉVIN. Non elles l'étaient déjà avant. (Raphaël et Jérôme se regardent en silence, les yeux écarquillés. Après une poignée de sceondes ils éclatent de rire.)

KÉVIN. C'est ça marrez-vous, moi au moins j'ai réussi à ramener des filles quoi.

RAPHAËL. J'ai pas besoin d'en ramener j'ai ce qu'il faut.

JÉRÔME. Et moi je suis bourré.

RAPHAËL, à Kévin. Tu veux un Bellay's ?

KÉVIN. Non je peux plus rien avaler quoi.

JÉRÔME. Moi j'en veux bien un.

RAPHAËL. T'es sûr ?

JÉRÔME. Ouais.

RAPHAËL. Si t'es malade, viens pas te plaindre après.

JÉRÔME. Ça va j'ai plus huit ans.

RAPHAËL. J'essaie de me souvenir mais il me semble que tu buvais pas encore à huit ans.

JÉRÔME. C'est une expression.

RAPHAËL. Je sors quand même une bassine.

JÉRÔME. Super la confiance.

KÉVIN. Bon je vais me coucher.

RAPHAËL. Déjà ? Tu viens d'arriver.

KÉVIN. Je suis crevé.

JÉRÔME. Je comprends, ça a dû être fatigant de draguer des lesbiennes toute la soirée.

KÉVIN. Raphaël, prends ma main et fous-lui sur la gueule quoi, j'ai plus la force. (Il parvient tant bien que mal à se lever.)

RAPHAËL, à Kévin. Tu dors dans la chambre là-haut.

KÉVIN. Laquelle ?

RAPHAËL. Devine : moi j'ai une vie sexuelle, toi pas. (Pour seule réponse Kévin tend le majeur en direction de Raphaël.) Désolé je fais que dire la vérité.

JÉRÔME. Le monde se divise en deux catégories, y a ceux qui baisent et ceux qui jouent au ping-pong comme des Dieux.

RAPHAËL. Ça marche pas, Kévin joue super mal au ping-pong.

KÉVIN, amusé. T'en conclus quoi ?

JÉRÔME. Que t'es l'exception qui confirme la règle. Tout comme moi.

RAPHAËL. Tu joues bien au ping-pong pourtant.

JÉRÔME. Ouais.

KÉVIN, à Jérôme. Vantard va. (Il monte les escaliers.) Allez, à demain.

RAPHAËL. Bonne nuit.

JÉRÔME. À demain.



Scène 3

JÉRÔME, RAPHAËL


RAPHAËL, regarde l'heure. Il est que 2h et ils vont déjà se coucher. Même quand je bosse le lendemain je me couche pas aussi tôt.

JÉRÔME. En même temps tu commences à 10h le matin.

RAPHAËL. 11h maintenant.

JÉRÔME. Feignant.

RAPHAËL, montrant la playstation. On s'en fait une ?

JÉRÔME, intéressé. Ouais.

RAPHAËL. C'est à toi que j'ai prêté San Andreas au fait ?

JÉRÔME. Merde je devais te le ramener.

RAPHAËL, allume la télévision et la playstation. C'est pas grave j'en ai pas besoin.

JÉRÔME. Tu devais pas le passer à quelqu'un ?

RAPHAËL, prend une manette et tend l'autre à Raphaël. Ouais, à Aymeric mais bon il a déjà Prince of Persia à moi.

JÉRÔME. Lequel ?

RAPHAËL. Le premier.

JÉRÔME. J'ai acheté le deuxième y a pas longtemps. Il est pas mal.

RAPHAËL. C'est le moins bon. Il tourne un peu trop en rond je trouve. Par contre tu verras, le troisième il est excellent. Je te le prêterai si tu l'achètes pas. Tu prends un club ?

JÉRÔME. Ouais. C'est lequel déjà Liverpool ?

RAPHAËL. Merseyside quelque chose.

JÉRÔME. Red ?

RAPHAËL. Je crois.

JÉRÔME. Y a aussi Merseyside Blue.

RAPHAËL. Non c'est Merseyside Red. Blue c'est Everton.

JÉRÔME. Comment tu sais tout ça ?

RAPHAËL. Tu sais, ça va faire trois mois que je joue qu'à ça donc bon.

JÉRÔME. J'en connais une qui doit faire la gueule.

RAPHAËL. Ça lui permet de voir un peu plus ses copines. Elle les avait un peu perdues de vue depuis quelques mois. On met quinze minutes ?

JÉRÔME. Dix c'est mieux.

RAPHAËL. Pourquoi ?

JÉRÔME. Pour pas me prendre trop de buts. Ça fait longtemps que j'y ai pas joué.

RAPHAËL. Surtout que t'as le quatrième toi.

JÉRÔME. Le troisième.

RAPHAËL. C'est vrai ? Tu vas voir, c'est pas du tout pareil. Les animations sont vachement fluides, y a plein d'actions.

JÉRÔME. En gros je vais me faire démonter quoi ?

RAPHAËL. C'est à peu près ça. Allez, c'est parti.

JÉRÔME. T'as pris quoi au fait ?

RAPHAËL. Lyon.

JÉRÔME. On fait qu'un match hein ?



MATCH PREMIER


Période première

JOUEUR 1, JOUEUR 2


JOUEUR 1, donne le coup d'envoi. Alors, on en parle ?

JOUEUR 2. Maintenant ?

JOUEUR 1. C'est le bon moment.

JOUEUR 2, obtient une touche. Tu crois ?

JOUEUR 1. On va pas retarder plus longtemps encore. On aurait déjà dû le faire depuis des années.

JOUEUR 2, fait une mauvaise passe. Qu'est-ce que t'en sais ? Y a forcément des gens qui ont perdu quelqu'un et qu'en parlent à personne autour d'eux.

JOUEUR 1. Eh bien je les plains ces personnes.

JOUEUR 2. Pourquoi ?

JOUEUR 1. Elles se replient sur elles-mêmes. Elles sont seules. Elles auront beau être bien entourées, elles seront toujours seules tant qu'elles garderont ce qu'elles ressentent pour elles.

JOUEUR 2, se prend un but de Wiltord. Je suppose que je dois me sentir visé ?

JOUEUR 1. Attends, ça va faire cinq ans que papa est mort et t'en as parlé à personne.

JOUEUR 2, engage. Si, j'en ai parlé à des personnes.

JOUEUR 1. C'est vrai ? À qui ?

JOUEUR 2, dribble Govou et Juninho. Mes copines.

JOUEUR 1. Tes copines ? Pourquoi t'en parles à tes copines et pas à ton frère et surtout à ta mère ?

JOUEUR 2, slalome entre les adversaires. Parce qu'elles font que passer.

JOUEUR 1, tente de tâcler Cisse. D'accord j'ai compris, ça les fait mouiller de savoir que t'as plus ton père je suppose ? Tu te sers de lui pour baiser en fait c'est ça ?

JOUEUR 2, évite de justesse un tâcle de Monsoreau. Mais non, je leur en parle une fois que j'ai baisé avec elles.

JOUEUR 1. Alors explique-moi pourquoi tu leur en parles ?

JOUEUR 2. Parce qu'elles en ont rien à foutre elles. Elles m'écoutent, font semblant de s'intéresser, puis oublient le jour d'après. Ça me libère sans que j'aie la pression.

JOUEUR 1, tâcle dans la surface de réparation. Mais quelle pression ? De quoi t'as peur putain ?

JOUEUR 2, manque son pénalty. Tu veux savoir de quoi j'ai peur ? J'ai peur de me réveiller un matin et d'oublier papa. J'ai peur qu'en crâchant aux personnes que j'aime vraiment tout ce que j'ai, je l'oublie et fasse comme s'il avait jamais existé.

JOUEUR 1. Mais justement, en n'en parlant pas tu donnes l'impression d'être passé à autre chose. Comme si tu l'avais jamais aimé.

JOUEUR 2. Arrête, tu sais que c'est pas vrai.

JOUEUR 1. Je sais ouais, mais c'est l'impression que tu donnes à maman et moi. Tu souffres Jérôme, ça se voit. Ça fait cinq ans que papa est mort et tu souffres toujours autant, c'est pas normal. Pourquoi t'es pas allé voir le psy que maman t'avait conseillé ?

JOUEUR 2, récupère aussitôt le ballon, tire et manque de nouveau le cadre. J'en ai pas besoin.

JOUEUR 1. Si, t'en as besoin. C'est pas l'alcool qui va t'aider, crois-moi.

JOUEUR 2, est hors-jeu. Parce que tu crois que je me réfugie dans l'alcool peut-être ?

JOUEUR 1. Je le pense ouais. Attends, les dernières fois où on s'est vu, t'avais toujours un verre à la main.

JOUEUR 2, met en touche. Je profite de la vie c'est tout.

JOUEUR 1, obtient un contre favorable. Arrête Jérôme, me prends pas pour un con. T'as besoin d'un psy, c'est moi qui te le dis. Perdre son père c'est quelque chose d'affreux, t'as besoin de te faire aider.

JOUEUR 2. Je veux pas y aller, voir ton putain de psy.

JOUEUR 1. D'accord, alors dis-moi pourquoi. Parce que tu crois que se faire aider c'est faire preuve de faiblesse c'est ça ?

JOUEUR 2, marque un but dans les arrêts de jeu. Je vois pas pourquoi moi j'en aurais besoin et pas toi.

JOUEUR 1. Tu veux savoir pourquoi ? Parce que j'avais dix-huit ans quand il est mort et que j'ai pu me confronter à lui, j'ai pu le connaître, parler avec lui, aimer ce qu'il aime et détester ce qu'il déteste. Toi t'étais trop jeune à cette époque. T'avais quinze ans, tu pensais qu'à éviter tes parents comme n'importe quel adolescent.

JOUEUR 2, blesse Wiltord au tibia. C'est pire depuis qu'il est mort.

JOUEUR 1, tente le une-deux mais l'arbitre siffle la mi-temps. Tu as beau nous éviter maman et moi, j'ai compris que tu nous aimais quand même.



Scène 4

JÉRÔME, RAPHAËL


JÉRÔME, se lève. J'ai soif, t'as du coca ?

RAPHAËL, s'allume une cigarette. Ouais mais il est pas au frais.

JÉRÔME. Pas grave. Il est où ?

RAPHAËL. Dans la malle.

JÉRÔME. Tu le mets avec l'alcool ?

RAPHAËL. On avait plus de place dans le placard.

JÉRÔME. Coca Blak ? C'est quoi ça ?

RAPHAËL. Du coca au café.

JÉRÔME. C'est bon ?

RAPHAËL. À ton avis, si j'en ai acheté.

JÉRÔME. Allez j'essaie ça. Je peux, au moins ?

RAPHAËL. Ouais pas de problème. Laure en aura un en moins.

JÉRÔME, se rassied. De toute façon c'est mauvais pour ce qu'elle a. Elle me remerciera un jour.

RAPHAËL. Et moi aussi.

JÉRÔME, ouvrant sa canette. Pourquoi il manque le c à Blak ?

RAPHAËL. Je sais pas. On reprend ?

JÉRÔME, boit une gorgée. C'est parti.



Période 2

JOUEUR 1, JOUEUR 2


JOUEUR 1. Alors, c'est bon ?

JOUEUR 2. Pas mauvais. On sent bien le café.

JOUEUR 1. C'est fait exprès je pense.

JOUEUR 2, engage. Je peux te poser une question ?

JOUEUR 1. Tant que ça a pas un rapport avec le c manquant de coca Blak, tu peux y aller.

JOUEUR 2. Tu parles de papa à tout le monde ?

JOUEUR 1, passe à Malouda. Ouais.

JOUEUR 2. Même Kévin ?

JOUEUR 1, passe à Diarra. Yep.

JOUEUR 2. Même Laure ?

JOUEUR 1, se fait intercepter le ballon par Morientes. Non. Pas Laure.

JOUEUR 2. Pourquoi ?

JOUEUR 1, tente à plusieurs reprises de récupérer le ballon mais sans succès. Je sais pas. J'ai peur qu'elle me quitte si je me lamente sur mon sort. Elle, elle se lamente pas sur son sort.

JOUEUR 2. T'as bien vu que si. Elle est comme toi, elle a peur de parler de son père. Vous vous fuyez.

JOUEUR 1. Mais tu penses qu'on peut durer même si on se confie nos peines, nos doutes, nos angoisses ? Parce que j'en suis venu à croire que si notre couple dure c'est parce qu'on a chacun nos secrets de notre côté du lit.

JOUEUR 2, délivre un ballon dans l'axe pour Crouch. Vous changez jamais de côté ?

JOUEUR 1. Jamais. J'ai trop honte de ce que je ressens.

JOUEUR 2, entre dans la surface de réparation et tire. En quoi c'est la honte d'être triste de la mort de son père ? Parce que t'es un mec et que tu veux prouver ta virilité ?

JOUEUR 1, arrête maladroitement le tir de Fowler. C'est un peu ça ouais. En fait je sais que si je lui parle de papa, je vais chialer. C'est inévitable. J'arrive toujours pas en parler sans chialer.

JOUEUR 2, obtient un corner. À qui t'en as parlé alors ?

JOUEUR 1. À un psy.

JOUEUR 2. Je croyais que t'avais pas été voir de psy.

JOUEUR 1. J'y suis pas allé pour papa.

JOUEUR 2. T'y es allé pour quoi alors ?

JOUEUR 1, engage. Parce qu'on se parlait plus, tous les deux.

JOUEUR 2. C'est vrai ?

JOUEUR 1. Ouais. Comme tu m'évitais, j'y suis allé et puis progressivement ça a dévié sur papa.

JOUEUR 2. Ça veut dire que t'étais plus triste qu'on se parle pas que par la mort de papa ?

JOUEUR 1. Non c'est juste que la mort de papa je pensais l'avoir surmontée.

JOUEUR 2, lobe Coupet et marque. C'était pas le cas ?

JOUEUR 1. Pas complètement non.

JOUEUR 2. Je suis désolé.

JOUEUR 1. De quoi ?

JOUEUR 2. Que t'aies été obligé d'aller chez le psy à cause de moi.

JOUEUR 1. Ça m'a plutôt aidé donc ça va.

JOUEUR 2. Désolé, je pensais pas que t'éprouvais tout ça.

JOUEUR 1. Tu pensais que j'étais plus fort ?

JOUEUR 2. Je suppose.

JOUEUR 1, obtient un coup franc dans les arrêts de jeu. Ouais, moi aussi c'est ce que je pensais. C'est la honte pour un grand frère, je sais.

JOUEUR 2. Arrête c'est pas la honte, au contraire c'est normal. Je pensais que t'étais un robot avant cette nuit donc tu vois. C'est plutôt réconfortant de savoir que t'es mon vrai grand frère et que tu ressens la même chose que moi.

JOUEUR 1. C'est quand même lamentable de devoir être bourrés pour se dire tout ça.

JOUEUR 2. C'est clair.

JOUEUR 1, tire largement au-dessus des filets. Bon t'as gagné. Bien joué.

JOUEUR 2. C'est toujours comme ça. Je gagne le premier match et après les autres je les perds tous.

JOUEUR 1. Donc tu veux pas en faire un autre ?

JOUEUR 2. Non je préfère arrêter là.



Scène 5

RAPHAËL, JÉRÔME – JOUEUR 2


RAPHAËL. Tu veux dormir ?

JOUEUR 2. Non.

RAPHAËL. Tu veux faire quoi ?

JOUEUR 2. Rien. (Le regard vide, la manette encore à la main, il pense à son père.)

RAPHAËL. Je te comprends. C'est parfois bien de rien faire.

JOUEUR 2. Ça fait cinq ans que je fais rien. Plus rien de ma vie.

RAPHAËL. C'est pas vrai ça. Tu bossses, tu sors avec tes potes. Tu joues pas souvent au ping-pong.

JOUEUR 2. Je suis déconnecté de la réalité. Quand je suis pas sur la même chaise de bureau ou le même tabouret de bar, je suis sur mon lit à attendre.

RAPHAËL. À attendre quoi ?

JOUEUR 2. Je sais pas. Que quelque chose se passe. Dans ma vie, dans ma tête, n'importe où mais que quelque chose se passe avant que je pète un câble.

RAPHAËL. C'est pourtant ce que tout le monde recherche, la stabilité.

JOUEUR 2. Je suis pas stable, je stagne. Je saute sur place à m'empêtrer dans le fil de mes pensées.

RAPHAËL. Tu dois te confronter à la réalité.

JOUEUR 2. Comment ?

RAPHAËL. En parlant de papa sans cesse. Y a que ça qui pourrait te faire sortir de ta bulle.

JOUEUR 2. Je dois trouver l'aiguille adéquate pour l'éclater.

RAPHAËL. T'es en forme ce soir toi pour les métaphores filées.

JOUEUR 2, applaudit. Joli. Les métaphores filées, joli. La palme d'or est décernée ce soir à Raphaël Futret, Mesdames et Messieurs. Veuillez lui faire un triomphe.

RAPHAËL, se prend au jeu. Merci merci, mais vous savez, je n'en serais pas là si mon frère ici présent ne m'avait pas poussé jusque dans mes derniers retranchements, c'est grâce à lui que j'ai pu donner le meilleur de moi-même.

JOUEUR 2. C'est vrai, tout le mérite me revient.

RAPHAËL, redevient sérieux. Tu sais ce qu'il te faut pour te confronter à la réalité ?

JOUEUR 2. Dis toujours.

RAPHAËL. Connaître papa.

JOUEUR 2, sarcastique. Tu crois pas que c'est un peu tard ?

RAPHAËL. Non parce que je suis là moi. Je peux te parler de lui.

JOUEUR 2. Ce soir ?

RAPHAËL. Pourquoi pas ?

JOUEUR 2. Je suis bourré, si ça se trouve demain je m'en rappellerai même pas.

RAPHAËL. D'accord, alors on passe un accord. Je t'appelle au moins une fois par semaine pour te parler de quelque chose qui concerne papa.

JOUEUR 2, serrant la main que son frère lui tendait. Ça me plaît ça.

RAPHAËL, le sourire aux lèvres. Ça me fait plaisir.

JOUEUR 2, curieux. Vas-y, dis-moi un truc ce soir sur lui.

RAPHAËL. Qu'est-ce que tu veux savoir ?

JOUEUR 2. J'ai toujours voulu savoir ce qu'il écoutait comme musique. Donne-moi juste un nom de groupe.

RAPHAËL, du tac-o-tac. Il écoutait David Bowie.

JÉRÔME. David Bowie ?

RAPHAËL. Yep.

JÉRÔME. J'ai jamais écouté. J'ai sûrement dû entendre des chansons de lui mais je m'y suis jamais intéressé.

RAPHAËL. Ouais t'as forcément déjà entendu Starman ou Heroes.

JÉRÔME. La seule chose que j'ai de lui c'est un EP live avec Arcade Fire.

RAPHAËL. C'est vrai qu'il y a quelque chose dans l'énergie et l'intensité de leur musique qui est similaire à ce que faisait Bowie. Tu me feras penser à te passer les albums demain.

JÉRÔME, opine du chef. Merci.

RAPHAËL. Bon allez, il est l'heure d'aller se coucher.

JÉRÔME, se lève brusquement. Ouais t'as raison. (Il ne se sent pas bien. Après quelques secondes de profonde réflexion il se penche au-dessus de la bassine et vomit.) Et merde.

RAPHAËL. Ça va mieux ?

JÉRÔME. Bof. (Il vomit de nouveau dans la bassine.)

RAPHAËL. Bon je t'en ramène une autre.

JÉRÔME. T'as besoin d'aller aux chiottes ?

RAPHAËL, ramenant une seconde bassine. Non c'est bon, je vais pisser du balcon.

JÉRÔME. D'accord.

RAPHAËL. Je peux aller me coucher ou tu veux que je reste ?

JÉRÔME. Non c'est bon, vas-y.

RAPHAËL. T'es sûr ? C'est pas un problème sinon.

JÉRÔME. Non non va te coucher. Je gère. (Il a un haut-le-coeur. Il se penche aussitôt au-dessus de la bassine et attend. Puis il relève la tête.) Fausse alerte.

RAPHAËL. Bonne nuit.

JÉRÔME. Ouais ça paraît bien parti. À demain.



Scène 6

JÉRÔME


JÉRÔME, seul aux toilettes. Pourquoi j'ai bu comme ça moi ? Je savais que ça allait encore se finir dans les chiottes. À chaque fois c'est comme ça. Je bois, je bois, je chiale, je bois, je gerbe. Quel con. Jamais j'avancerai dans la vie si je continue comme ça. C'est pas en attendant le cul posé sur une chaise ou un tabouret ou sur mon putain de matelas que je sauverai les meubles. Ça doit être à moi de changer ce qui tourne pas rond. Enfin je dis ça maintenant, alors que j'ai plus d'alcool que de sang dans le corps, mais demain je le ferai pas, je me connais. Je me dirai que j'ai été con de croire à un possible changement de ma part, que jamais je pourrai changer, c'est impossible. J'aimerais changer pourtant, j'aimerais tellement changer, mais on se refait pas. Mon esprit, bien plus que la mort de mon père, m'a condamné à vivre une existence en dehors de toute réalité. Je pouvais l'observer mais pas jouer avec elle. Le moindre contact et c'était la descente aux Enfers. Je me souviens avoir voulu sortir avec elle une fois, j'en garde encore des séquelles. (Il sort des toilettes et va se chercher un verre d'eau avant de rejoindre le salon. Un album de Bowie traîne sur le canapé. Heroes. Il ouvre le boîtier et met le CD dans la chaîne. Puis il ôte son tee-shirt, ses baskets et son jean, et se glisse sous la couette que Raphaël avait descendue. Il écoute attentivement les chansons qui défilent l'une après l'autre. La musique l'apaise. Il se sent bien. Il pleure et vomit toute la nuit en écoutant en boucle, toujours en boucle, cette boucle qu'il déteste tant, le chanteur préféré de son père. Il comprend alors que la musique est toute sa vie et qu'il ne pouvait en sortir sans avoir au préalable demandé l'autorisation à son père. Autorisation maintenant accordée.)

***

Un long silence succédait à mon monologue. Nous regardions tous les quatre les pièces du puzzle que nous étions parvenus à reconstituer. Laure se rongeait les ongles en fixant la soirée de la veille étalée sur la table basse du salon. Kévin osait nous jeter quelques regards nerveux de temps en temps. Une larme coula le long de la joue droite de Raphaël. C'était la première fois que je le voyais pleurer.
- C'est le coca Blak qu'est mal passé, plaisantai-je pour détendre l'atmosphère.
Les sourires se dessinèrent sur les visages.
- Bien sûr, ça peut être que ça.
- T'avais pas l'habitude d'en boire, c'est normal.
- Le café ça bousille la mémoire c'est prouvé.
J'aurais voulu remercier Raphaël pour avoir été l'intermédiaire l'espace d'un album entre mon père et moi mais, même après toutes ces confidences avouées, je n'ai pas osé. Au lieu de cela je lui ai demandé quels étaient les deux pièces qui restaient. Il me répondit



la fin

# Posté le lundi 26 juin 2006 10:14

Modifié le lundi 26 juin 2006 19:51

Soirée parisienne - Acte premier (partie 2)

RECONSTITUTION


Comédie


Acteurs



JÉRÔME, ami de Laure.
LAURE, compagne de Raphaël.
RAPHAËL, frère de Jérôme.
KÉVIN, cousin de Jérôme.
SERVEUSE du Ray Vaughan.
NATHALIE, amie d'Eva.
EVA, amie de Nathalie.


La scène est à Paris.





ACTE PREMIER


Scène première

JÉRÔME, LAURE, KÉVIN


LAURE, après avoir vu Jérôme trébucher. Ça va ? Tu t'es pas fait mal ?

JÉRÔME, ivre après les cinq apéros qu'il vient de s'envoyer chez son frère. Ça va ça va, je peux encore marcher.

KÉVIN, sarcastique. Ouais mais pas droit.

JÉRÔME. Si, regarde. (Il monte sur le trottoir et tente de suivre la bordure en dandinant du cul sans perdre l'équilibre.)

KÉVIN, voyant deux filles pointer Jérôme du doigt. Tu sais que t'as l'air con ?

JÉRÔME. Peut-être, mais un con qui marche droit. Bonsoir Mesdames. (Sa cheville gauche lui faisait mal mais il parvenait à garder l'équilibre.)

KÉVIN, à Laure. Qu'est-ce qu'il fait Raphaël ?

LAURE. Il est allé aux toilettes à l'appart.

KÉVIN, toujours sarcastique. C'est quoi son problème ? Ça le dérange de pisser à côté d'un autre mec ?

LAURE, à voix basse. Il fait la grosse commission.

JÉRÔME, alors que son pied gauche heurte le droit. Et alors ? Ça le dérange de chier à côté d'un autre mec ? (Il manque de tomber en avant.)

LAURE, apercevant Raphaël sur le trottoir d'en face. Ça y est, le voilà.



Scène 2

JÉRÔME, LAURE, KÉVIN, RAPHAËL


RAPHAËL. Alors vous avez choisi ?

LAURE. On t'attendait.

RAPHAËL, montrant un bar bourré de monde. Celui-là, non ? Il a l'air pas mal.

JÉRÔME. Si tu veux.

KÉVIN. Mais bon y a du monde quoi.

RAPHAËL. C'est partout comme ça, je te rappelle que c'est la fête de la musique.

KÉVIN. On aurait dû rester à Rennes, y a moins de monde.

RAPHAËL. Bon on va pas coucher là, on entre ou pas ?

JÉRÔME. Moi ça me va.

LAURE. Pareil.

RAPHAËL. Trois contre un, je crois bien que t'as pas le choix.

LAURE. Enfin, s'il veut pas aller dans celui-là on peut en trouver un autre.

RAPHAËL. Mais c'est partout pareil, ça sert à rien.

LAURE. On peut quand même aller faire un tour pour voir.

KÉVIN, voyant Raphaël qui s'impatiente. Non c'est pas grave, on va dans celui-là.

RAPHAËL, à Jérôme. Ça te va ?

JÉRÔME. Du moment qu'il y a de l'alcool tout me va.

RAPHAËL, souriant. Je te retrouve. Bon on y va. (Il pousse la porte du Ray Vaughan et s'avance vers le fond du bar. Il trouve une table de libre, apparemment la seule, près du billard. Il ôte sa veste puis s'assied.) On se prend une girafe ?

KÉVIN, perplexe. Une girafe ?

JÉRÔME, amusé. T'as trop bu toi. Juste pour info, tu sais qu'une girafe c'est un animal et qu'il est très difficile d'en trouver dans un bar ?

KÉVIN. Surtout à cette heure-là quoi.

RAPHAËL, imperturbable. Une girafe c'est un long récipient qui contient de la bière, ça doit faire deux ou trois litre je pense.

KÉVIN. Ça a l'air très bien.

JÉRÔME. Ouais ça me parle aussi. Je vais aller la commander au bar pour gagner du temps, ils ont l'air débordé. (Il se lève et s'apprête à prendre le chemin du bar puis se ravise et se retourne vers son frère.) Donc si je vais à ce bar et que je dis à la serveuse que je veux une girafe, elle va pas se foutre de ma gueule ?

RAPHAËL. Mais non, ça existe vraiment. C'est incroyable cette confiance dans la famille.

JÉRÔME. D'accord d'accord, je voulais juste en être sûr c'est tout.

LAURE. Par contre elle se moquera de ta démarche.

JÉRÔME, ironique. Ah ah, très drôle.

***

- Y a un trou là, ça veut dire que tu te souviens de ce qui s'est passé, m'expliqua Raphaël.
- Je me souviens de pas grand-chose, j'ai juste un flash de deux trois secondes mais c'est tout.
- Qu'est-ce que tu vois ? demanda Laure.
- Je suis derrière un type au bar et j'attends que la serveuse ait fini de servir quelqu'un sur ma droite.



Scène 3

JÉRÔME, LA SERVEUSE


JÉRÔME, à la serveuse. S'il vous plaît.

LA SERVEUSE. Oui ?

JÉRÔME. Bonsoir, je voudrais une girafe.

LA SERVEUSE. D'accord, vous êtes à quelle table ?

JÉRÔME, pointant du doigt la table à laquelle ils se sont installés. Celle-là, près du billard.

LA SERVEUSE. Très bien, je vous l'apporte dans une minute.

JÉRÔME. Merci. (Il retourne à leur table.)



Scène 4

JÉRÔME, KÉVIN, RAPHAËL


KÉVIN, à Raphaël pendant que Jérôme se rassied. Ouais c'est un documentaire sur le 11 Septembre où il explique que tout ça c'est qu'une manipulation du gouvernement américain. Avant de l'avoir vu je savais déjà que c'était pas trop clair quoi mais maintenant je sais que c'est qu'une supercherie. Il est disponible sur internet, je te filerai l'adresse.

RAPHAËL. Pourquoi ils auraient tué autant de personnes ?

JÉRÔME. Pour faire disparaître des dossiers secrets, des trucs comme ça.

KÉVIN. Et encore, seulement 3000 personnes sont mortes.

JÉRÔME. Si tout le monde avait travaillé ce jour-là, y aurait eu au moins 15000 morts.

RAPHAËL. C'était un samedi le 11 Septembre ?

KÉVIN. Non, un mardi, mais en fait la veille ils ont tous reçu un mail ou un fax qui leur conseillait de pas aller bosser quoi.

RAPHAËL. C'est un truc de fous.

KÉVIN. D'américains quoi.

JÉRÔME. Et attends t'as pas tout vu. Ça c'est qu'un détail. Il existe des tas de preuves qui montrent que c'est le gouvernement qui a tout organisé. Les explosions dans les tours avant que les avions les percutent pour qu'elles s'écroulent.

KÉVIN. Ouais, sans les explosions les tours se seraient même pas écroulées quoi. Et aussi le coup du portefeuille. C'est énorme ça. Ils retrouvent un portefeuille intacte alors qu'aucune pièce de l'avion a été retrouvée, et comme par hasard c'est celui d'un membre d'Al Quaida.

JÉRÔME. Si, ils ont quand même retrouvé des petits morceaux.

KÉVIN. Tu parles, ils les avaient déposés là juste avant.

JÉRÔME. Le truc qui m'a le plus scotché moi c'est les coups de fil dans un des avions soi-disant détournés. Ils téléphonent à leur famille pour faire leurs adieux et y a un mec qui téléphone à sa mère et au lieu de se présenter en disant c'est moi ou c'est ton fils ou c'est John, il dit c'est John Smith, enfin je sais plus le nom et le prénom mais bon il donne son nom à sa mère quoi. Attends tu te vois téléphoner à maman et dire salut c'est Raphaël Futret ?

KÉVIN. Tu te souviens de moi ? Je t'ai fais chier pendant dix-huit ans.

RAPHAËL. C'est complètement surréaliste. Il s'appelle comment ce documentaire ?

JÉRÔME. Je sais plus, Loose quelque chose, un truc comme ça.

KÉVIN. Il est disponible sur internet, je te filerai l'adresse.



Scène 5

JÉRÔME, KÉVIN, RAPHAËL, LA SERVEUSE, LAURE


LAURE, revenant des toilettes. Je vous raconte pas la gueule des chiottes, c'est super crade ici.

JÉRÔME, s'adressant à quiconque veut l'entendre. Mesdames et Messieurs : Laure, toujours dans la délicatesse.

RAPHAËL, bas à Jérôme. Elle était déjà comme ça avant que je la connaisse ?

LAURE. Je t'ai entendu.

JÉRÔME, bas à Raphaël. Non, tu serais pas tombé amoureux sinon.

LAURE. Je t'ai entendu aussi. (La serveuse amène la girafe et quatre verres.)

KÉVIN, à la serveuse qui lui donne son verre. Merci.

RAPHAËL, à la serveuse qui lui donne son verre. Merci.

LAURE, à la serveuse qui lui donne son verre. Merci. (La serveuse donne son verre à Jérôme qui n'ose pas la remercier de peur de ne pas être original. Il lui sourit. Plus personnel.)

RAPHAËL, voyant la table de billard se libérer. On se fait une partie ?

KÉVIN. Je suis nul au billard.

LAURE. Et Jérôme va encore gagner, comme d'habitude.

RAPHAËL, agacé. Et alors ? On joue pour s'amuser, pas pour gagner.

JÉRÔME. De toute façon je suis bourré alors c'est vraiment pas sûr que je gagne.

LAURE. Je suis sûre que tu pourrais gagner même avec vingt grammes dans le sang.

JÉRÔME, sans prétention aucune. C'est pas faux c'est pas faux.

RAPHAËL. Vous voulez qu'on vous sorte les violons ?

JÉRÔME. Attends attends, laisse-la finir.

LAURE. J'ai fini.

JÉRÔME. Vas-y vas-y, t'arrête pas sur ta lancée. Je sais que t'oses pas me dire que je suis le meilleur dans tout ce que j'entreprends, que tout ce que je touche devient de l'or, je sais je sais, merci c'est trop gentil, il fallait pas. (Il se lève et salue son public fictif. Raphaël et Kévin échangent un regard plus étonné qu'amusé. Laure, elle, est morte de rire.)

RAPHAËL, après quelques secondes de perplexité. Bon arrête de te lancer des fleurs et allonge la monnaie.

JÉRÔME. Pourquoi c'est moi qui devrait payer ?

RAPHAËL. Parce que tu vas gagner.

KÉVIN. C'est clair, c'est toi qui va le plus profiter de la partie.

RAPHAËL. Et puis moi je paie la girafe.

JÉRÔME, sort son portefeuille. Dans ces cas-là.

KÉVIN, à Raphaël. Ah non on partage.

JÉRÔME. Non c'est bon, je suis peut-être à découvert mais une partie de billard ça va pas me ruiner.

KÉVIN. C'est à Raphaël que je parlais.

JÉRÔME. Pardon, j'avais pas vu la didascalie. (Il met une pièce de deux euros dans le billard.) Kévin, tu veux gagner pour une fois? Joue avec moi.

LAURE. Ça va les chevilles ?

JÉRÔME. La gauche me fait toujours un peu mal mais t'inquiète pas baby, c'est pas ça qui m'empêchera de gagner.

RAPHAËL, mettant les billes dans le triangle. Bon je commence. (Il retire le triangle puis se place en face et s'apprête à jouer.)

KÉVIN, à Jérôme. Tu mets pas de bleu ?

JÉRÔME. J'en ai pas besoin.

RAPHAËL, se retourne vers eux. Elles peuvent se taire les gonzesses quand je joue ? (Il s'apprête de nouveau à jouer. Sa queue percute d'un coup sec la bille blanche qui en envoie deux dans des trous : l'une en haut à gauche, l'autre au mileu à droite.) Alors, on fait moins les malins maintenant ?

JÉRÔME. Chance du débutant.

RAPHAËL. C'est ce qu'on va voir. (Il rejoue, cette fois en se plaçant sur la gauche, mais ne met aucune bille dans les trous.)

JÉRÔME. Je te l'avais dit.

RAPHAËL. Joue toi, qu'on voit le champion à l'oeuvre.

JÉRÔME, défaisant le bouton du haut de sa chemise. Champion est un bien grand mot mais si tu le dis je veux bien y croire.

***

- Là, un autre flash. Je suis devant la table de billard, une queue à la main, prêt à jouer la bille blanche. Je la rate. J'entends des rires.
- C'est pas nous, dit Kévin, l'auréole au-dessus de la tête.
- Bien sûr.
Je regardai Laure, gêné.
- Qu'est-ce qu'il y a ? me demanda-t-elle.
- Je t'ai appelée baby ?
- Ouais. Ça passe pour cette fois mais que ça se reproduise plus, me prévint-elle, amusée.
- C'est quand même bizarre que tu te rappelles de ça et pas de la conversation qu'on a eu sur le 11 Septembre, s'étonna Kévin.
- Peut-être qu'il a eu honte en loupant son coup donc il s'en souvient.
- Enfin il a loupé tous ses coups, rectifia Raphaël.
- C'est vrai ça. Pourquoi est-ce qu'il se souvient que de celui-là ? insistait mon cousin.
- Bon on va pas faire une psychanalyse non plus. On continue ?


***

Scène 6

JÉRÔME, KÉVIN, RAPHAËL, LAURE


RAPHAËL, moqueur. Alors, on sait plus jouer ?

JÉRÔME. Je t'emmerde, j'essaie un nouveau style.

RAPHAËL. Tu m'impressionnes.

JÉRÔME. Je te comprends.

RAPHAËL, à Laure. C'est à ton tour.

LAURE. On a lesquelles nous ?

RAPHAËL, désignant les billes à couleur unique. Celles-là.

LAURE. Je peux les mettre dans le trou que je veux ?

JÉRÔME. Ôte-moi d'un doute : t'as déjà joué au billard ?

LAURE. Ouais, au lycée.

JÉRÔME. D'accord d'accord. (À Raphaël.) Bonne chance.

RAPHAËL. T'en fais pas, on va gagner quand même.

JÉRÔME. Non je voulais dire, bonne chance dans la vie.

LAURE, visant là où il y a le plus de billes pour que statistiquement, l'une d'elles, toutes couleurs confondues, se retrouve dans un trou. Je t'ai entendu. (Les billes ne vont pas dans le sens des statistiques.)

JÉRÔME. Je l'ai dit assez fort.

RAPHAËL. Vas-y Kévin.

KÉVIN. Je vous préviens, je suis nul. (Il vise maladroitement la bille blanche et met une bille à Raphaël et Laure dans un des trous.)

RAPHAËL. Effectivement.

JÉRÔME. Merci de nous avoir prévenus, c'est pas beau à voir.

KÉVIN. Tu peux parler.

JÉRÔME. Moi c'est différent, j'ai bu. Toi apparemment, c'est toute ta vie que tu bois.

LAURE, hilare. T'es un salaud.

RAPHAËL. Bon maintenant c'est sûr qu'on va gagner, si vous commencez à vous foutre sur la gueule.

JÉRÔME. Joue au lieu de dire des conneries.

RAPHAËL, joue rapidement et met une de ses billes dans un trou. Je peux faire les deux à la fois.

LAURE. C'est pas comme jouer à la playstation et m'écouter.

RAPHAËL. Je dois rester concentré pour jouer à PES.

JÉRÔME, à Laure. C'est surtout que tu parles trop.

LAURE. Je parle trop moi ?

JÉRÔME. Ouais on entend que toi.

LAURE. J'ai presque rien dit de la soirée.

JÉRÔME. C'est déjà beaucoup, crois-moi. Tu t'entendrais, tu comprendrais.

LAURE, le frappant gentiment du revers de la main. Qu'est-ce que t'as contre moi ce soir ?

RAPHAËL, à Jérôme. Tu vas avoir mal au crâne demain toi.

JÉRÔME. Pourquoi tu dis ça ?

RAPHAËL. Parce que tu fais que de parler.

KÉVIN. C'est clair, d'habitude tu parles presque pas quoi.

RAPHAËL. Et avec Laure on en place pas une, normalement.

KÉVIN. Les rôles sont inversés.

RAPHAËL. C'est aussi bien finalement.

LAURE. Qu'est-ce que je suis censée comprendre là ?

RAPHAËL, l'embrasse furtivement. Rien du tout.

JÉRÔME, prenant Raphaël par la taille d'une main et renversant la moitié de son verre de l'autre. Pour une fois je suis d'accord avec mon frère.

LAURE, faisant mine de partir. Bande de salauds.

KÉVIN. Eh j'ai rien dit moi.

LAURE. C'est vrai, heureusement que t'es là. (Elle pose le revers de sa main droite sur son front à la manière des grandes actrices de théâtre et cligne des yeux.) J'en peux plus de ces deux-là, fais quelque chose.

KÉVIN. D'accord je vais te sauver. (Il s'adresse à Jérôme et Raphaël.) On change d'équipe, je me mets avec Laure et vous vous mettez ensemble.

JÉRÔME. Quoi ? Vous deux contre moi et mon frère ?

RAPHAËL. C'est du délire.

JÉRÔME. C'est clair. Je veux pas être méchant mais vous avez aucune chance.

KÉVIN. J'ai plus d'un tour dans mon sac. Je ferais tout ce que je peux pour sauver une Princesse en détresse.

JÉRÔME, parcourant le bar des yeux. Une Princesse ? Où ça ? (Laure tire la langue à Jérôme.)

KÉVIN, se met à genoux et prend la main de Laure. Ne l'écoutez pas ma Mie, il n'est pas homme à aimer l'apaisante beauté de votre âme.

RAPHAËL. Tu veux pas lui rouler une pelle pendant que t'y es ?

KÉVIN. Non, je suis un gentleman quand même. J'attendrai la fin de la soirée.

RAPHAËL. Elle devrait vite se terminer pour toi la soirée si tu continues.

JÉRÔME, reprenant les dires de Kévin. L'apaisante beauté de votre âme ? L'apaisante beauté de votre âme, c'est moi ou ça veut rien dire ?

RAPHAËL. Bon on la finit cette partie ou quoi ?

LAURE. Ouais ce serait bien, je crois que les jeunes attendent là. (À une table voisine quatre visages d'adolescents au teint blafard montraient des signes d'agacement.)

JÉRÔME, d'un signe de la main. Désolé, on s'y remet.

KÉVIN. C'est à qui ?

RAPHAËL. À moi.

JÉRÔME. Non tu viens de jouer.

RAPHAËL. Ouais mais j'en ai mis une dans un trou donc je rejoue. De toute façon on est ensemble maintenant alors laisse-moi tricher en paix si tu veux gagner. (Il joue et met deux billes, une des leurs et une de Laure et Kévin.)

KÉVIN. C'est à nous de jouer là, c'est ça ?

JÉRÔME, finement sarcastique. Super on joue contre deux mongoliens.

KÉVIN. Tu vas te prendre un coup de queue dans la gueule pour finir.

JÉRÔME. C'est une proposition ?

LAURE, frappant dans ses mains. Une bagarre, une bagarre.

RAPHAËL, après que le calme soit revenu. Ouais c'est à vous. Deux fois.

LAURE, à Kévin. Vas-y toi.

KÉVIN. On fait un coup chacun. (Il joue. Sans résultat. Il passe la queue à Laure.)

LAURE. Je crois qu'on est mal barré. (Elle joue. Sans résultat.)

JÉRÔME. On vous l'avait dit. (Il s'apprête à jouer la bille blanche mais la rate.) Je peux rejouer ? Je l'ai pas touchée.

LAURE. Ah non jouer c'est jouer.

JÉRÔME. Mais je l'ai même pas touchée, c'est comme si j'avais pas joué.

KÉVIN. Mais oui vas-y rejoue.

JÉRÔME, regarde Laure. Merci Kévin. (Il rejoue. La bille blanche sort de la table et vient percuter bruyamment le carrelage. Elle roule jusqu'à une table voisine. Kévin va la récupérer pendant que Laure pouffe de rire.)

RAPHAËL. T'es sûr que tu veux continuer à jouer ? Laisse-moi les écraser seul, ça sera plus efficace.

LAURE, fixant Raphaël. Tu veux dormir sur le canapé ce soir ?

RAPHAËL. Ça veut dire quoi ça ? Tu me fais un chantage ? Parce que je t'informe que c'est toi qui vit chez moi donc ce serait plus à toi de dormir sur le canapé.

JÉRÔME, boit une gorgée de bière et vascille légèrement. Il a pas tort.

LAURE. Arrête de boire toi, tu sais comment ça va finir.

KÉVIN, accompagné de deux charmantes demoiselles. Ça vous dérange pas si on est six à jouer ?

***

- C'est qui ces filles ? demandai-je à mon cousin.
- Tu te souviens pas d'elles ?
- Non.
- Moi je m'en rappelle très bien, fit Raphaël, le sourire aux lèvres.
- Fais attention à ce que tu dis toi, prévint Laure. Le canapé est pas loin.
- Tu me fais bien rire avec ton canapé.
- Je dormirais où moi ? demandai-je, innocent.
- Avec ton frère, répondit Laure du tac-o-tac.
- Et laisser une pauvre Princesse sans défense toute seule dans un si grand lit ?
- Tiens je suis une Princesse ce matin ?
- Pour répondre à ta question, poursuivit mon cousin, ces filles se trouvaient à la table où la bille a roulé. Elles m'ont demandé si elles pouvaient jouer, j'ai répondu oui et voilà.
- Elles t'ont demandé ça comme ça ? m'étonnai-je.
- Eh oui, j'ai simplement laissé mon charme opérer, répondit Kévin en se passant la main dans les cheveux.
- Elles étaient bourrées ?
- Complètement, confirmèrent en choeur Laure et Raphaël.



Scène 7

JÉRÔME, KÉVIN, RAPHAËL, LAURE, NATHALIE, EVA


RAPHAËL. Pas du tout, plus on est de fous plus on rit.

LAURE. Vous vous appelez comment ?

NATHALIE. Nathalie.

EVA. Et moi Eva.

RAPHAËL, regardant Jérôme. Vous savez jouer au billard vous ?

NATHALIE. Un petit peu.

EVA. Pas moi, j'y ai jamais joué.

KÉVIN, ravi. Pas grave, on va vous apprendre. Laure, tu vas avec Raphaël et Jérôme ?

LAURE, faisant mine d'être vexée. Je suis plus ta Princesse tout d'un coup ?

KÉVIN. Tu préfères peut-être jouer avec moi et Jérôme ?

LAURE. Ça va je vais avec eux mais tu me revaudras ça. (Elle observe Jérôme qui n'avait encore rien dit depuis le début de cette scène. Les yeux fermés il se tient au mur et bouge la tête au rythme d'une chanson qui n'existe pas.) Ça va Jérôme ?

JÉRÔME, ouvre les yeux et met quelques secondes à savoir qui avait prononcé son prénom. Ouais ça va super, et toi ?

LAURE, amusée. Sympa la musique hein ?

JÉRÔME. C'est clair.

LAURE. J'ai l'album à la maison, je te le passerai si tu veux.

JÉRÔME. Ah ouais je veux bien.

RAPHAËL, à Laure. Arrête c'est pas bien de se moquer des infirmes.

LAURE. J'ai bien le droit de me venger.

JÉRÔME, complètement à l'ouest. Qu'est-ce qu'il y a ?

LAURE, morte de rire. Rien, rendors-toi.

RAPHAËL, à Kévin, Nathalie et Eva. Bon c'est à vous de jouer.

KÉVIN, à Nathalie et Eva. Qui veut commencer ?

EVA, à Nathalie. Vas-y toi, je te regarde faire.

NATHALIE, prend la queue que lui tend Laure. J'y ai presque jamais joué donc je promets rien.

KÉVIN. C'est pas grave, l'important c'est de participer. (Raphaël et Laure se regardent mais parviennent à garder leur sérieux.)

NATHALIE, à Kévin. On a lesquelles ?

KÉVIN. Celles qui sont un peu blanches.

NATHALIE. D'accord. (Elle en vise une et parvient à la mettre dans le trou.)

KÉVIN. Bien joué. On croirait une pro.

NATHALIE, pouffe de rire, gênée. Merci. (Elle joue une seconde fois mais n'en met aucune dans un des trous.)

KÉVIN. Une c'est déjà très bien. Tu joues mieux que moi tu sais.

RAPHAËL. Bon à moi.

LAURE. Attends. Je crois que Jérôme se sent pas bien. (Des larmes s'échappaient des yeux vides de Jérôme.)

RAPHAËL, s'approche de lui. Tu veux rentrer Jérôme ?

JÉRÔME, dans un sanglot. Non je veux pas vous déranger.

LAURE. Mais ça nous dérange pas. (Bas à Jérôme.) Et puis ça m'arrange bien, j'ai pas envie que ces poufiasses tournent autour de Raphaël.

RAPHAËL, fait un clin d'oeil à Laure. Allez, venez. Kévin tu viens ?

KÉVIN, qui ne l'entend pas, trop occupé à discuter poésie avec Nathalie et Eva. Je crois en l'apaisante beauté de vos âmes.

RAPHAËL. Kévin ?

KÉVIN, se retourne. Quoi ?

RAPHAËL. Jérôme se sent pas bien, on rentre. Tu viens ?

KÉVIN, embarrassé. Non je vais rester encore un peu moi. (Il sort spontanément la première excuse qui lui vient à l'esprit.) On va pas gâcher une partie de billard quoi.

RAPHAËL. Bon à tout à l'heure.

***

- T'es un salaud toi, fis-je à Kévin en rigolant, tu restes draguer ces poufiasses alors que ton cousin va pas bien.
- Oui je le cache pas. Si t'avais été dans la même situation je suis sûr que tu aurais fait pareil quoi.
- Qu'est-ce que t'en sais ?
- On voit bien que tu te souviens plus d'elles.
- Pourquoi ? Elles étaient si biens que ça ?
Laure regardait Raphaël en fronçant les sourcils.
- Quoi ? s'exclama-t-il en la voyant l'observer. J'ai rien dit cette fois.
- T'as intérêt.
- Elle est toujours aussi jalouse ? demandai-je à mon frère.
- Non, juste quand les filles sont des bombes.
Laure le frappa à l'épaule.
- Il m'a demandé, je lui réponds.
- Mouais.
- Un petit bisou pour me faire pardonner ?
- T'as pas eu d'autres flashs depuis le billard ? me demanda mon cousin pendant que Laure repoussait Raphaël.
- Si je me souviens d'un moment où je suis dans la rue, répondis-je à Kévin, puis en m'adressant à Laure Et Raphaël : vous me portez parce que j'ai mal à la cheville.
- Ouais c'est vrai.
- D'ailleurs t'es un peu lourd.
- On le savait déjà ça.
- Quel humour Kévin, dis-je, sarcastique. Très fin. C'est comme ça que t'as réussi à draguer tes copines ?
- Bon on continue ? nous interrompit mon frère. Il nous reste un acte.
- Moi j'ai besoin d'un entracte, rétorqua Laure en se levant. Quelqu'un a faim ou soif ?
- Je veux bien un Whisky, lui répondis-je.
Trois paire d'yeux me regardaient comme si je leur avais annoncé être membre d'Al Quaida.
- Ça va je déconne, je prendrai deux autres Efferalgans.
- Tu peux parler de mon humour, t'es pas mieux quoi.
- Moi aussi je veux bien un Efferalgan tiens, dit Raphaël, ça peut que faire du bien.
- Toi aussi Kévin ? demanda Laure à mon cousin. Profites-en c'est ma tournée.
- Non merci par contre je veux bien un jus d'orange si t'as ça.
- On a du multivitamines.
- C'est parfait.
- Ah j'en veux bien du multivitamines aussi.
- Raphaël tu viens laver les verres ?
- Yep.
- Tiens Kévin, attrape la brioche.
- T'as du nutella au moins ?
- Bah forcément.
- Tu l'as mise où l'éponge ?
- Je m'en suis servie tout à l'heure, j'ai dû la mettre sous l'évier.
- Prends celle-là sinon.
- Ça vous dérange si j'allume la télé ?
- Non vas-y.

# Posté le lundi 26 juin 2006 09:37

Modifié le lundi 26 juin 2006 19:57

Soirée parisienne - Réveil (partie 1)

Soirée parisienne - Réveil (partie 1)
En me réveillant je ne voyais rien. Juste quelques ombres. Je devinais un halogène sur ma gauche, j'étais donc chez mon frère. J'avais dormi sur le canapé du salon. J'allumai mon portable : 11h36. We can be Heroes. Un mal de crâne pas possible avait attendu que je me lève pour se manifester. La tête me tournait, je luttais pour ne pas vasciller. Une fois en accord avec la gravité je me dirigeais lentement vers la kitchenette. Raphaël avait toujours ce qu'il fallait sous l'évier contre les matins difficiles. Rhinadvil, Durex, Spasfon, Efferalgan. Efferalgan c'était parfait. We can be Heroes. En ouvrant le placard de droite je vis qu' il n'y avait plus aucun verre de propre. Ayant trop la flemme d'en laver un je pris une tasse. Sur la première était inscrit Gueule de bois ?.
- Je t'emmerde, bougonnai-je.
Je laissai donc celle-là de côté et en cherchai une autre. Levé du bon pied !. La forme pour la journée !. Super matin plein d'entrain !.
- Ouais, bon.
Je pris l'éponge et un verre dans l'évier. We can be Heroes. Près de la cafetière la bouteille de Bellay's était vide. Je ne me souvenais pas en avoir bu. En y réfléchissant bien je ne me souvenais pas de grand-chose. La dernière image que j'avais en tête était une chute en descendant les escaliers. Je mis deux Efferalgans dans mon verre d'eau et bougeai le pied gauche. Je ressentais une légère douleur à la cheville mais rien de bien méchant. Just for one day. Je retournai dans le salon et allumai l'halogène afin de bénéficier d'un éclairage idéal pour des matins comme celui-ci. En plissant les yeux je vis une bassine près de la table basse. Je ne me souvenais pas non plus avoir vomi. Je tentais de me remémorer un événement de la veille mais mon mal de crâne revenait à la charge. We can be Heroes. Sur le bar je comptais onze bouteilles. Plus six sur la table basse. Près de la bouteille de Rhum je vis une deuxième bassine, remplie à ras bord.
- C'était dans mon bide tout ça ? m'étonnai-je.
Je m'approchai. La bassine était en fait remplie de pièces de puzzle. J'en pris une. Girafe. Un mot. J'en pris une autre. Billard. Sur chaque pièces était inscrit un mot. Je déversai le contenu de la bassine sur le carrelage. Je m'emparai de la seconde bassine et fis de même. Je m'assis en tailleur et observai tous les mots. Merseyside. Blak. Papa. Les puzzles n'avaient jamais été ma tasse de thé, notamment les matins où seul l'Efferalgan pouvait se dissoudre sous mes yeux sans que des haut-le-coeur me prennent, mais ma curiosité était trop forte. Je les triai d'abord par couleur. Les noirs d'un côté, les rouges de l'autre. Puis, dans chaque groupe de couleur, je séparai les déterminants des verbes, les noms des compléments. Il ne me restait plus qu'à reconstituer le tout.

***

- Salut.
Je n'avais pas entendu mon frère descendre des escaliers.
- Salut, lui répondis-je.
- Petit problème de mémoire ?
- Comme tu vois.
- Tu veux un coup de main ? me proposa-t-il.
- Ouais je veux bien.
- C'est quoi la dernière chose que tu te rappelles ? me demanda-t-il en s'agenouillant près de moi.
- Je sais pas, les flashs viennent au fur et à mesure que je forme les phrases.
- C'est la première fois que ça t'arrive ?
- Ouais c'est super étrange comme sensation. J'ai l'impression d'avoir été mort pendant quelques heures. Ça t'est déjà arrivé à toi ?
- Quelques fois.
- C'est quoi la différence entre les pièces noires et les rouges ?
- Les noires c'est tout ce qui concerne les didascalies et les rouges les dialogues.
- Comment tu sais ça ?
- J'ai été voir sur le net la première fois que ça m'était arrivé.

***

Nous étions tous les quatre dans le salon, autour de la table basse, chacun avec nos pièces nous concernant devant nos yeux.
- Je pense que c'est bon, non ? demanda Raphaël à Laure.
- Ça a l'air d'être ça, confirmait-elle, mais c'est bizarre il reste deux pièces.
- C'est pas grave, on est pas à deux mots près. On commence ?
- On commence.
- Kévin, t'es prêt ?
- J'arrive, lança-t-il depuis les toilettes.
- C'est moi qui commence ?
- Ouais.
- Vous êtes pas obligés de faire ça, leur dis-je, mal à l'aise.
- Tu vas voir, c'est marrant, me rassura Raphaël. On l'a fait avec David et Sophia la dernière fois.
- C'était toi qui avait tout oublié ?
- Non c'était David. On s'est refait une conversation sur Gaspard Noé, on a plus déliré que la première fois.
- Ça y est, je suis prêt.
- Bon c'est parti, vas-y Laure.

# Posté le lundi 26 juin 2006 08:46

Modifié le lundi 26 juin 2006 19:51

"Manifeste des Gros Branleurs"

Mes frères,

suivez la voie que nous a montré du doigt du milieu notre Dieu à tous et adhérez à cette noble cause :



La Fédération Internationale des Gros Branleurs.





Le 3 Mars 2006, Manu Larcenet entrevoie les prémices de ce que sera la révolution.
Notre révolution.

Voici donc ce qu'il écrit sur son blog (http://tempsperdu.over-blog.org/) :


"L'autre jour, pendant une séance de dédicaces, un gamin au demeurant fort sympathique, vient me voir avec un bouquin à signer. Il portait un tee-shirt «Straight-Edge»... Pour les moins au courant d'entre vous, le Straight-Edge est une sorte de mouvement bien implanté dans la musique hardcore qui vise à vivre le plus sainement possible en évitant toute compromission avec le maudit système pourri de merde. A savoir pas de cigarettes, pas de drogues, pas d'alcool, pas de sexe sans sentiments (ah ah !!), pas de bouffe venant des animaux... Bref, un programme de mormon neurasthénique peu funky au-delà du raisonnable.


Pendant que j'obtempère à sa requête (à savoir lui dessiner Bill Baroud en punk... Ils s'interdisent visiblement aussi d'être originaux, les Straight-Edge!), il me branche :


« Pourquoi on trouve tes albums dans les grandes surfaces ? »


« Bin... je sais pas trop... - répondis-je - Pour que les pauvres puissent les lire dans les rayons, peut-être... » ironisai-je, excluant par là, la possibilité d'entamer un débat socioculturel qui, vu mon état de fatigue du moment m'aurait été fatal.


Quelle erreur. J'ai eu droit à tout. De la menace que font planer les grandes entreprises sur les libertés individuelles jusqu'aux droits syndicaux bafoués par les tenants de la grande distribution, en passant par la disparition programmée des commerces de proximité, de l'artisanat, et probablement même, par contrecoup et à longue échéance, la disparition totale de l'Homme sur la planète...


Comprenons-nous bien : je suis assez d'accord avec cette analyse ! Je suis intimement persuadé que le commerce, l'industrie et les politiques les favorisant sont des plaies qui entraînent le Nord à étrangler le Sud. Je suis tout à fait certain que le l'ultra capitalisme va se casser la gueule exactement comme le Communisme, certes pour des raisons différents, mais avec la même violence. Que les différences entre pays riches et pays pauvres sont indécentes, obscènes et intolérable à tout esprit autre que celui d'un présentateur d'M6. Que le cynisme occidental vis-à-vis du reste du Monde sera sans doute fatal et qu'il contribue, en tout cas, à exacerber la colère et la ranc½ur de ceux qui n'ont rien. Et plus que tout, je tiens pour certain que le racisme c'est mal!

C'est dire si je suis un mec bien!


Malgré cette plateforme commune qui aurait dû, convenons-en, nous faire rester l'un et l'autre sur des banalités de bon aloi, le jeune homme poursuivit ...


« Tu dois montrer l'exemple : tu es connu ! Il faut te servir de cette notoriété ! C'est une responsabilité ! »


Un silence gênant s'ensuivit. Je dois avouer que la moutarde me monta alors au nez.


« Sinon quoi ? » dis-je...


« Bin... Sinon tu n'es pas en accord avec ce que tu dis... »


J'avais envie de lui dire que ce qu'il avait dû lire sur moi à droite à gauche n'étaient que larges fumisteries! Que je ne fais partie que d'un seul mouvement : celui des gros branleurs. Puisqu'on peut me lire dans les journaux, ça signifierait que ce que je dis a de l'importance ? Que je suis un type réfléchi ?! Ah ah ! Parce que j'ai une « notoriété », je devrais servir d'exemple ? Allons, soyons sérieux ! Si je pars du postulat que moi, simple occasionnel des média, je dis plein de conneries à longueurs de temps, que dire donc des gens dont c'est le métier !


Et je parle ici des médias à dessein car ce jeune homme ne me connaît ni d'Eve ni d'Adam ! C'est-à-dire, pour simplifier, qu'un type avec qui je n'ai jamais échangé la moindre parole, avec qui je n'ai jamais été proche, qui ne me connaît que par mes livres (dans lesquels je raconte des histoires !), par ce blog ( qui ne reflète que ce que je veux bien montrer ) et par quelques média, vient me susurrer à l'oreille que je ne suis pas en accord avec moi-même ?! Ah ah !


Je suis faillible, feignant, résigné, incapable d'aligner deux arguments qui se tiennent, inconstant et contradictoire. Je refuse qu'on m'impose, même par ricochet, un quelconque système de valeurs, et j'essaye, dans la mesure du possible, de garder le mien pour moi... Parce que, la morale, hein, c'est un peu comme les slips : ça ne se partage pas, on en a besoin, mais parfois, après de longues journées d'usage, ça pue l'enfer ! Alors la mienne, j'ai l'humilité de la garder pour moi.


Et puis ça aurait servi à quoi de lui faire remarquer que son futal de sport était probablement cousu par des enfants en Malaisie, ou que l'argent qu'il venait de dépenser pour ses albums allait certainement, après de multiples et obscurs détours, s'entasser dans les poches des actionnaires de multinationales meurtrières ?

Il aurait fallu lui expliquer l'horrible résignation qui m'étreint face aux tragédies répétées, qui m'évite me coller une balle dans la bouche quand j'écoute France Info. Il aurait fallu lui faire comprendre qu'il faut être sacrément au point dans sa tête et à sa place dans le monde pour avoir l'arrogance de venir me dire comment faire pour être cohérent avec ce que LUI imagine!!


Il aurait fallu lui expliquer que le Straight-Edge, sous des dehors potentielements séduisants par son extremisme, n'était ni plus ni moins qu'une forme de retour à « l'ordre moral », justement ce qu'ils prétendent combattre... Il aurait fallu lui expliquer l'extraordinaire imposture qui consiste à donner des leçons à son voisin. Parce qu'il n'est pas tout à fait comme on voudrait ou parce qu'on est persuadé qu'il « pense faux »... Quand, comme moi on fait partie des gros branleurs, il est bon, parfois, aux soirs d'exaltation, d'éviter de faire chier le monde en lui expliquant comment vivre, de garder un peu d'humilité.



Il faudrait laisser (sans illusion) aux philosophes, aux intellectuels, aux élites de tout poil, aux Guevara de salon et aux Malcolm X du clavier, le soin d'être intelligents, brillants, grandioses, novateurs... Gardons pour nous, les gros branleurs, les petites choses de la vie qu'ils sont incapables même de distinguer, tout occupés qu'ils sont à théoriser sur l'attitude à avoir impérativement, si on veut être un type bien.



Ce môme a dû penser que je le méprisais... je l'ai vu sur son visage. Il a dû penser que j'étais un traître, un infâme, un pourri, un vendu au grand capital (ce que je suis probablement, par ailleurs et selon ses critères !). Il a dû me maudire, peut-être même avec raison, sait-on jamais ?


En fait, je l'aimais bien. A aucun moment je n'ai ressenti la moindre once de mépris vis-à-vis de lui...

C'est vrai, j'éprouvais une sorte de reconnaissance. Il était concerné par la marche du monde, passionné, enfin bref, il était ce que je n'étais pas ou plutôt que je n'étais plus : un radical. Pas de concession, pas de compromission... Enfin, rien qui ne soit trop voyant ! Parce que, bien sûr, la compromission est inhérente à la promiscuité humaine, mais il ne faut pas trop le dire... Je l'aimais bien quand même, moi, ce type qui essayait de m'apprendre à penser, du haut de son mètre soixante dix de sagesse juvénile... Juste, on n'a pas la même façon de voir la vie ! Et si la mienne est certainement moins « engagée » que la sienne , elle présente tout de même pour moi un avantage considérable : c'est la mienne et elle me va !


Puisque, de toute façon, quand je ne dis rien, je me le reproche, et quand j'ouvre ma gueule, ce sont les autres qui me le reprochent, alors je te propose ami branleur, frère pauvre type, de rejoindre la Fédération Internationale des Gros Branleurs. La charte c'est :




« Ne pète pas plus haut que ton cul et ne fais pas trop chier tes voisins, ils sont peut-être moins cons que toi. »




Sous cette bannière, je suis certain que nous formerons un large mouvement populaire et nous montrerons aux élites que, bon, c'est bien gentil leurs conneries, le consensus stupide autour du radicalisme, la vénération du moralisme psycho rigide, la prédominance de l'éthique à sens unique, le trou du cul tout serré, le politiquement correct, la morale et tout ça...


Mais que bof, en fait, on s'en branle.







PS : ami, si tu veux faire partie de la Fédération Internationale des Gros Branleurs, télécharge le logo ci-dessous et mets-le sur ton site, ton blog, le journal de ta ville, de ton école, à l'arrière de ta bagnole ou de ta s½ur, chez ta boulangère, fais le passer à tes amis ou fais-le toi tatouer sur le cul. Et si on te demande « Mais... quel est exactement le concept ? », tu n'as qu'à répondre « On s'en branle ».

M. Larcenet"



...

Je n'ai rien d'autre à ajouter si ce n'est : suivez le mouvement
"Manifeste des Gros Branleurs"

# Posté le samedi 11 mars 2006 09:11