«Le dernier verre» (troisième partie)

«Vous connaissez cette citation de Lacan: «aimer, c'est essentiellement vouloir être aimé» ? Eh bien il avait absolument raison. L'amour que je perçois tient son origine de la femme qui dit m'aimer sincèrement. Ce n'est pas une décision qui me vient spontanément que ressentir de l'amour pour une personne "a priori" quelconque. En éprouvant des sentiments amoureux à mon égard, la femme m'oblige à en éprouver en retour pour elle. C'est inévitable: dès que la femme m'aime réellement, dès qu'elle me désire passionnément je ne peux moi-même que l'aimer réellement et la désirer passionnément à mon tour. Mes sentiments amoureux ont besoin des siens pour exister. Si elle n'était pas aussi amoureuse de moi - ou plutôt devrais-je dire de cet imposteur qui a pris possession de mon corps - je ne ressentirais qu'un simple besoin d'être à deux. Alors que si les sentiments qu'elle éprouve pour moi sont sincères et authentiques, ils deviennent réciproques: les sentiments de cette femme, et non la femme en elle-même, me rendent amoureux. Pas amoureux au sens sacré. Loin de là, croyez-moi. Je ressens simplement de forts désirs sexuels - désirs humains tout à fait ordinaires - pour elle et un manque affectif - donc tout à fait ordinaire - quand elle n'est pas à mes côtés, tout en sachant que ç'aurait pu être une autre femme que celle-ci. Seulement j'ai la peur obsédante de ne plus être aimé et désiré aussi sincèrement et aussi passionnément dans le futur par une autre femme. Donc je ne peux me résoudre à m'en séparer. Les sentiments qu'éprouve la femme à mon égard sont plus importants que la femme elle-même, ce sont les sentiments et les désirs de l'autre qui me font l'aimer. Je veux passer ma vie avec la femme qui peut aimer le plus fortement l'homme avec lequel elle souhaite vivre. C'est cela que je recherche à travers ces différentes personnalités et ces différents comportements avec lesquels je joue, avec lesquels je deviens ce que je ne suis pas - un intrus: je souhaite trouver la femme idéale, parfaite. Celle dont la capacité à pouvoir éprouver des sensations et des sentiments humains soit la plus forte, la plus profonde, la plus honnête, la plus pure. Celle dont l'amour pouvant être ressenti pour un homme dont je prends entièrement l'identité soit éternel. Voilà. C'est cela le bonheur: être aimé éternellement. Vous allez me dire que cette vie rêvée n'est fondée que sur le mensonge. En effet. Moi je suis aimé pour ce que je ne suis pas réellement. Elle, évidemment, croit être amoureuse de moi alors qu'elle est amoureuse de l'être dont j'ai emprunté l'essence. Mais comme je vous le disais il n'y a pas plus de cinq minutes, je deviens cet inconnu que je ne suis pas, je m'approprie une autre identité et je vis de la sorte, continuellement, jour après jour, avec une personnalité qui n'est pas la mienne. Ainsi nous nous complaisons dans mon mensonge. Dans un mensonge perpétuel et sans issue. Mais auquel on s'habitue voyez-vous ? Nous y trouvons du plaisir, de la satisfaction. Nous sommes heureux. Infiniment heureux.»

# Posté le jeudi 17 février 2005 08:35

«Le dernier verre» (deuxième partie)

«Selon la femme que j'ai en face de moi, j'ai un comportement différent, j'emprunte l'identité d'un autre, je deviens cet autre, cela dans le seul but d'intéresser et qui sait peut-être boire un dernier verre chez elle. Parmi toutes mes conquêtes je prends conscience que je n'ai jamais été moi-même car je deviens celui qu'elles veulent, tout ça pour qu'elles «tombent amoureuses» de moi. Et bien sûr ça marche. Le rapport que j'entretiens avec les femmes est donc assez compliqué, encore puissions-nous dire que j'ai quelque rapport que ce soit avec elles étant donné que mon identité propre fout le camp et laisse la place à une ou plusieurs personnalités différentes et bien distinctives chacune d'elles. Par exemple, si la femme avec qui veux coucher est intelligente je fais preuve d'intelligence. Si elle est stupide je la baratine. Si elle paraît assez timide et qu'elle parle très peu ? Eh bien je souris, je prends un air gentil et je monopolise la conversation tout en l'écoutant attentivement lorsqu'elle prend la parole. Et ainsi de suite parmi des centaines de caractères différents. Chacune de ces personnalités m'imprègnent, je ne suis plus maître de moi, je me mets au bout d'un laps de temps assez court à agir différemment, à penser différemment; je prends l'apparence d'un autre, je lui vole tout ce qui fait de lui un être singulier, un être à part, et je le vide de tout ce qui aurait pu faire de lui l'amant idéal de cette femme que je convoite - car l'homme dont elle rêve doit forcément exister. Je prends donc sa place, je devient cet homme: je deviens un imposteur. L'amour n'est que simple rhétorique, on peut le contourner, c'est-à-dire mentir sur sa propre identité, sortir de soi et devenir autre pour arriver à ses fins. L'amour n'existe qu'à travers le mensonge : on prend l'air convaincant, on décide de posséder telle identité et donc d'adopter tel comportement, de s'approprier telle pensée et voilà, le tour est joué. Le langage est une arme redoutable, il peut tromper sur la personne, il a le pouvoir sur les sentiments. La femme s'attend à telle réflexion ou à tel propos ou à tel comportement: je le lui donne. Même si je ne pense pas un mot de ce que je dis je n'ai aucun remords, je mens à cette femme qui me prend aussitôt pour l'homme qu'elle a tant attendu et qu'elle n'espérais plus. Elle dit tomber amoureuse, je lui rétorque la même chose alors que tout ce que je veux c'est éviter la solitude à tout prix au moins une partie de ma vie. Je cherche le moyen d'être heureux même si cela ne dure qu'un temps. L'amour n'est qu'une période entre deux solitudes, c'est-à-dire se retrouver avec une femme, n'importe laquelle, une parmi tant d'autres pourvu qu'elle ait un physique agréable - je ne suis pas difficile mais tout de même. Vous savez, dans les relations l'apparence est primordiale pour un homme: on ne peut pas présumer «aimer» une femme si celle-ci a la personnalité qui fait d'elle la femme rêvée mais possède un physique qui nous déplaît. J'ai déjà essayé, ça ne dure pas longtemps. Du moment que je me sens bien avec une femme, c'est-à-dire qu'on est tous les deux en accord, tant physiquement qu'intellectuellement, je me dis que cette femme pourrait être une autre. Mais mon comportement et ma personnalité auraient été différents avec une autre. Seule subsiste à l'esprit cette pensée que les sentiments que j'éprouve pour la femme qui m'aime seraient identiques pour une autre puisque je m'accorde avec n'importe quelle femme. Donc autant dire que l'amour sacré, l'amour idéalisé, celui décrit dans la poésie pétrarquiste - vous connaissez ? - n'existe pas. L'amour ne peut être que profane puisqu'il est un concept humain. L'amour ne se définit pas en lui-même, ce n'est qu'une accumulation ou une superposition de sensations et de sentiments humains naturels et banals. Peut-on appeler cela amour après la grandiloquence et le dithyrambe employés par des centaines de poètes et d'auteurs depuis des siècles et des siècles ? Selon moi ce n'est que l'association des deux besoins humains primordiaux que sont le manque affectif et le désir sexuel. Cela revient à l'amour. Ça en donne une définition concrète et humaine il me semble. Ou alors peut-on remplacer le mot «amour» par «sentiments amoureux»: ça paraît moins idéalisé, plus vraisemblable, plus réaliste donc plus humain. Peut-être que pour certains cette définition que je fais de l'amour paraît pessimiste, eh bien pour moi elle ne l'est pas. Au contraire je préfère le concret à l'abstrait, au désir qu'en fait chacun. Je préfère consommer l'amour si minime soit-il plutôt qu'espérer un amour idéal et sacré en vain: je leur laisse l'illusion de croire naïvement à un bonheur parfait. Pendant ce temps moi je me régale.»

# Posté le jeudi 17 février 2005 08:33

«Le dernier verre» (première partie)

«Cet amour que tout le monde veut,
ce n'est que du sucre avec de l'eau.»
Fuzati (Klub Des Loosers)


«Vous savez ce que je suis? Un caméléon. Voilà. Voilà ce que je suis. Je prends l'apparence de ce qu'elles attendent, c'est-à-dire que je deviens ce qu'elles veulent que je sois. Toutes ont besoin d' une identité singulière et particulière en face d'elles, d'un homme dont la personnalité, c'est-à-dire tout ce qui le construit, l'image qu'il renvoie, sa façon de parler, d'agir, ses pensées, ses réflexions, ses jugements, toutes ont besoin de ce dont elles ne peuvent que tomber irrémédiablement amoureuses. Il suffit de rester rien que dix minutes avec une femme pour savoir quel comportement adopter avec elle, quel type d'humour utiliser, quels sujets de conversation aborder, quels mots adéquats employer qui pourraient la faire «devenir amoureuse». Toutes recherchent l'homme idéal, celui qui les complète, celui qui les fait rêver, qui les fait fantasmer. Leur «âme soeur» quoi. Ainsi je leur offre ce qu'elles désirent. Je m'invente en fonction de chacune d'entre elles. Non pas que physiquement je sois proche de Brad Pitt mais je n'ai pas non plus à me plaindre. Je suis ordinaire en fait. Seul le comportement est important pour une femme, le physique n'est que secondaire, vous ne pensez pas ? À moins de posséder un physique vraiment ingrat, cette théorie se confirme dans la pratique. J'en sais quelque chose croyez-moi.»

# Posté le dimanche 13 février 2005 18:25

bienvenue dans la vraie vie...

bienvenue dans la vraie vie...
Salut,
j'ai créé ce blog non pas par pure intention narcissique (vous ne verrez aucune photo de moi ici), ni par envie de me confier ou de me morfondre comme c'est le cas dans ces milliers de blogs pathétiques et pitoyables qu'on peut lire en masse... non, j'ai simplement voulu mettre par écrit les diverses idées et pensées qui me viennent sans cesse à l'esprit, à n'importe quel endroit et à n'importe quel moment: que ce soit chez le coiffeur quand celui-ci me fait un cours théorique de météorologie afin que je l'écoute attentivement déblatérer tout un charabia dont seules les ménagères de + de 40 ans sont friandes dans le seul but de me tripoter discrètement le cuir chevelu, ou chez ma grand-mère avec qui je déjeune tous les samedis midis afin qu'elle ne ressente une solitude profonde qu'une fois enterrée six pieds sous terre accompagnée de lombrics peu expressifs lui sortant par les narines, ou encore lorsque je me retrouve obligé à discuter avec ma copine de quelle fleur je voudrais être si je pouvais me réincarner ou de la manière dont je suis sensé me comporter avec sa meilleure amie, pas celle aux débardeurs roses décolletés jusqu'au nombril et aux mini-jupes provocantes assorties aux boots épaisseur 20cm, non pas celle-là, l'autre, la grosse, celle qui est habillée façon croque-mort, une gothique pure race: un teint terne blanchâtre malade, un regard peu expressif (voire neutre), une garde-robe constituée seulement de noir (des chaussures aux bonnets), un anneau dans le nez pour affirmer sa féminité, une vision mortifère de la vie pour pouvoir se trancher les veines sans aucuns remords, un goût pour la musique peu prononcé (si on peut nommer musique un bruit horripilant répété pendant 45 minutes et cela sans interruption, pour se rendre compte une fois l'album achevé du bonheur infini que l'on peut ressentir à l'écoute du son si pur et si mélodique de la tondeuse à gazon de son voisin), et j'en passe. Bon. J'en étais où moi dans tout ça? Ah oui, je disais donc que je voulais mettre par écrit tout ce qui peuple mon esprit, tant imaginé que réel, tant optimiste que pessimiste. Dans ce blog, vous trouverez donc des idées, des points de vue, des réflexions, des thèmes divers. Peut-être même de la musique, celle-ci m'ayant sauvé maintes fois à une période assez difficile de ma vie (2 décès de parents proches en 15 jours... je dis ça pour ceux qui pensaient à un flirt raté, un amour déçu ou une poussée d'acné imprévue. Je n'en fait pas trop en affirmant que la musique m'a sauvé: elle m'a vraiment permis de survivre), je me dois de ne pas l'oublier.

# Posté le samedi 12 février 2005 12:57