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The Decemberists – O Valencia

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Driiiing

À 7h32 un réveil facile c'est rare, alors j'enfile ma robe de chambre pour attendre le facteur. Il fait un peu frisquet mais je m'en fous, dans la tête j'ai les Decemberists : le melting pop de la schizophrénie, la crème du pot indie, il en reste toujours un peu au fond et ce matin c'est les miettes de O Valencia. « O Valencia mmhh mmhhh mhhmmhh hhmmm mhh hmmhm », la suite je la connais toujours pas mais bon c'est normal c'est de l'anglais, comme c'est enjoué tout plein ça doit être une histoire d'amour entre deux Bisounours.

7h36, « O Valencia mmizhh mouhh mbhomill mahhr mohh mzerhhonhh ». Pendant que les Bisounours s'enlacent, je souris en pensant à ce temps perdu assis sur les marches devant chez moi quand Jack Bauer lui il a déjà tué la moitié du Moyen-Orient et sauvé sa fille pour la troisième fois. La réflexion existentielle du matin est essentielle, surtout avant le café. Après, ça devient trop rationnel donc non merci.

7h41, « O Valencia mouizhh mourhh mbhlomtill mahhrm monhh mze grhhounhh », c'est peut-être deux mâles / pardon ?/ ah bonjour, du courrier ?/ non, pas aujourd'hui/ bon. Direction internet, là j'ai des amis. Même si Bitch3000 m'a plus répondu depuis que je lui ai parlé de mes fantasmes. C'est que du foie de morue pourtant. MSN, Hype Machine, Fluo Kids, Superette, Youtube, oh tiens un director's cut de O Valencia – « O Valencia ouizhh myourhh mbhlod smtill mouahhrm onhh zegrhhounhdh » –, ça c'est la classe. Aaron Stewart bute mieux que Bauer, il avait déjà réalisé 16 Military Wives, marrant. Ça promet.

7h51, driiiing, l'heure du jugement a sonné. Non non chérie c'est juste le réveil, tu peux te rendormir. « O Valencia ouiz yourh bhlood still ouahhrm onh ze grhoundh », ça y est, les Decemberists sont devenus infréquentables. Hey Tarantino, viens voir ça, tu vas être dé-goû-té / déjà moi c'est Emma, et puis tu m'hurles pas dans les oreilles comme ça à huit heures du mat' merci / tu connais Tarantino ?/ le mec qu'est dans notre salon ?/ lui-même. Eh bien il peut prendre sa retraite, il a trouvé un remplaçant à la hauteur de son déséquilibre. Fais péter le café, Aaron vient de signer la vidéo de l'année.

20h18. O Valencia, ou True Romance et Kill Bill qui virent Roméo et Juliette après dix minutes d'une balle au camp acharnée entre le groupe et le réalisateur. Un partout, rage au centre. Tarantino, surveille-les, je vais prendre l'air. Finalement, les Bisounours sont partis en psychiatrie pendant que je me les gèle en chiraquie. « O Valencia with your blood still warm on the ground », quand ça rentre ça veut plus sortir, merci Youtube. Chérie, tu m'amènes une cuillère ?
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#Posté le samedi 26 mai 2007 13:08

En Repérage, chapitre 3 : En Alternance

– Pourquoi maman est pas venue ? demanda Jonathan en s'installant tant bien que mal à la place du mort.
– Parce qu'elle passe la journée avec Éléonor.
– Éléonor ? répéta Jonathan. C'est qui ça ?
John prit sur lui pour ne pas s'emporter inutilement.
– Ta marraine.
– Mais, elle est morte.
– Tu confonds, c'est son mari qui est mort.
– Elle aussi, elle est morte. Elle s'est suicidée il y a cinq ans. On l'a même enterrée à côté de lui.
– Tu vois, c'est de ça que je veux parler, Jonathan, haussa John d'un ton. Si tu prenais tes médicaments, tu dirais pas autant d'âneries.
– C'est toi qui dis des âneries, répliqua insolemment Jonathan.
– Quoi ? fit John, effaré par la réaction de son fils.
– La maladie a commencé un an après la mort de Éléonor, donc j'ai pas pu l'inventer.
– Ça veut rien dire, t'as simplement imaginé sa mort pendant une de tes crises.
– Mais je revois l'enterrement, insistait Jonathan.
– Tout comme tu pensais voir ta mère il y a cinq minutes. T'es en pleine crise, là. T'as amené tes médicaments ?
– Non.
– Bon, retourne à l'arrière alors, et repose-toi.
– Non, c'est bon, je vais bien.
– Comment je m'appelle ?
– Hein ?
– Comment je m'appelle ? répéta John.
– T'as pas le droit, s'indigna Jonathan. T'as pas le droit de faire ça.
– Donc je m'appelle Christian, je suppose ?
– Comment tu fais ? s'étonna son fils.
– C'est pas moi, c'est toi. Tu guéris, Jonathan. À travers moi, ton cerveau te dicte la voie à suivre.
– T'es une sorte d'ange-gardien quoi ?
– Je suis la sagesse incarnée, trouva bon de plaisanter John.
Jonathan sourit à contre-coeur. Il comprenait que son père lui mentait pour l'aider à vaincre sa maladie mais la pilule ne passait pas. Depuis près d'un an, il répétait à ses parents qu'il ne faisait plus de crises, que c'était du passé. Mais ils ne voulurent rien savoir, ils lui conseillaient de continuer le traitement, « au cas où ». Durant tout ce temps, Jonathan cherchait à comprendre la raison pour laquelle ses parents souhaitaient le manipuler de la sorte. Bien entendu, pour ne pas éveiller leurs soupçons, il prenait consciencieusement ses médicaments après dîner, qu'il recrachait tout aussi consciencieusement une fois monté dans sa chambre. Dix à quinze fois par jour, il simulait une crise. Il appelait son père Christian, sa mère Catherine, et lui-même Jérôme. Lors d'une de ses réelles premières crises, quand sa mère lui a demandé « pourquoi ces prénoms ? », il a seulement répondu que « la réalité n'est jamais loin ». Jonathan a su garder cette facette énigmatique pour ses mascarades. Seul dans sa chambre, il préparait ses crises, des phrases toutes faites, des mouvements millimétrés, puis il les jouait devant son miroir des dizaines et des dizaines de fois afin de les perfectionner si besoin, avant de descendre dans le salon pour manipuler à son tour ses parents. Le peu de temps qui lui restait, il le passait à épier leurs moindres gestes, son dictaphone à la main, en quête de l'indice qui prouverait leur trahison.
À compter de ce jour, il n'avait encore rien découvert. Si ce n'est une matière dure et lisse que sa main rencontra tandis qu'il se penchait pour chercher à redresser son siège. Il laissa glisser lentement ses doigts le long de l'objet et sentit des lanières souples et effilochées : celles du sac à main de sa mère.
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#Posté le mercredi 11 avril 2007 16:12

En Repérage, chapitre 2 : En Arrière

Tandis que je lis un article sur Abbas Kiarostami, mon père change de station de radio. Les informations nationales envahissent mes oreilles vierges. Mon esprit me dicte à nouveau de faire abstraction de tous les malheurs qui traversent le monde. Protégé dans mon carcan imaginaire, plus rien ne peut m'atteindre. La radio n'a aucune emprise sur mon appareil auditif. De mes cinq sens, seule la vue fonctionne. Mes yeux se détachent du magazine pour se poser sur les mots muets que laisse échapper la bouche de mon père. Ses mouvements de lèvres suivent à la lettre les informations comme une chanson dont il connaîtrait chaque parole, chaque son intouchable. Il se retourne dans ma direction tout en continuant de bouger les lèvres. J'ôte mes boules quiès pour en revenir à la réalité.
– Tu veux pas t'installer à l'avant ? répète une énième fois Christian.
– Non, je suis bien, là, lui réponds-je, allongé de tout mon long sur la banquette arrière.
– Tu veux que j'éteigne la radio ?
– Non, c'est bon, dis-je en me replongeant dans mon magazine après avoir remis mes boules quiès.
Kiarostami dit, certains spectateurs m'ont dit que je les avais habitués dans mes films à voir des paysages, de la nature et qu'ils étaient encore venus voir le paysage, la nature. En réalité, chaque film nécessite son propre lieu.
Bien qu'indifférent aux films du réalisateur, je lis avec attention l'article. J'ai loué il y a quelque temps un de ses films, pensant que c'était Ten alors qu'il s'agissait de Ten On Ten, son making of. C'est ce soir-là que ma maladie a débuté.
Kiarostami exprimait dans ce documentaire ses idées et son regard sur le cinéma, étrangement proches des films de Lynch avais-je remarqué. L'esthétique et la structure de leurs oeuvres respectives s'opposent mais le fil conducteur reste le même : la liberté d'imagination.
–
L'absence de tout angle contraignant.
–
La fin d'un ordinaire cinématographique.
–
Le renouvellement de l'esprit.
– Quoi ? finis-je par demander à mon père en enlevant de nouveau mes boules quiès.
– Je voulais juste savoir si t'avais mangé le dernier pim's, me demande-t-il.
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#Posté le samedi 17 mars 2007 03:10

Modifié le samedi 17 mars 2007 05:26

Sound Of Violence

Je bosse depuis l'été dernier sur le seul webzine fr consacré au rock britannique qui émerge depuis quelques années déjà -même si certains nostalgiques/vieux jeux diront qu'il est mort et enterré depuis 1978/1982/1985/1988/1989/1991/1995 (entourez votre réponse!)- et, en tant que fan du genre depuis la découverte des -je vous le donne en milles- Libertines (bref, comme tout le monde quoi ), je suis assez fier de faire partie de de cette équipe.
On connaît à l'avance les groupes qui feront un tabac en france (non non, pas ds les lieux publics. promis), style Klaxons, Just Jack, etc, donc je pouvais pas rêver mieux :)
Et donc, sur ce webzine, news toute fraîches et chroniques d'albums-singles-concerts côtoient interviews et photos d'excellente qualité, les dernières vidéos réalisées et,bien sûr, l'inévitable forum -dédié pas seulement au rock anglais, mais ouvert sur tout.

Voilà, je crois avoir fait le tour.


enjoy !
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#Posté le dimanche 11 mars 2007 03:56

Modifié le mercredi 23 mai 2007 02:32

En Repérage, chapitre 1 : En Route

– T'as mangé le dernier pim's ?
Affalé à l'arrière, Jonathan ne prit pas la peine de répondre à sa mère.
– T'as mangé le dernier pim's, Jonathan ? répéta-t-elle.
– Ouais.
Jonathan mit aussitôt les oreillettes de son baladeur CD et se replongea dans son magazine. Jennifer posa la main sur le bras de son mari.
– Tu pourras t'arrêter à la prochaine station ? lui demanda-t-elle.
– Pour acheter des pim's ? s'étonna-t-il.
– Non, j'ai envie d'aller aux toilettes.
Elle sourit.
– Ceci dit, si j'en trouve j'en achète.
John regardait droit devant lui. Un camion lui coupa la route, l'obligeant à freiner brusquement.
– Quel connard, jura-t-il, tous des connards. Ils se croient tout permis ces camionneurs.
– Tu veux qu'on fasse une pause ? s'inquiéta sa femme.
– Ouais, j'ai besoin de prendre un peu l'air.
– On est partis à quelle heure ? Sept heures et demie ?
– Ouais, dans ces eaux-là.
– Ça va faire presque trois heures que tu conduis. On aurait dû faire une pause avant.
– Si on veut pas arriver trop tard, il vaut mieux pas s'arrêter toutes les demi-heures.
– Pas toutes les demi-heures, juste toutes les deux heures. C'est recommandé, de s'arrêter toutes les deux heures.
– Je m'arrête quand j'en ai envie.
– Et quand je te le demande, lui rappela-t-elle.
– Et quand tu me le demandes, acquiesça John, un sourire en coin.
Jonathan, les yeux rivés sur le magazine qu'il tenait dans les mains, pensait à sa copine. Il ne pouvait encore envisager de l'appeler son ex car, bien qu'il ne soit plus avec elle, elle était toujours avec lui.
– Jonathan ?
Il n'avait pas pu lui dire au revoir. Face au miroir, les mots n'étaient pas venus. Il avait donc décidé de l'ignorer la semaine précédant son départ et quitter ainsi la ville sans l'avertir. Il comptait tout de même lui envoyer un SMS une fois arrivé, histoire de.
– Jonathan ?
Mais pas d'excuses ou quoi que ce soit qui le tiendrait pour coupable de la tournure des événements. Il lui écrirait quelque chose d'impersonnel, de froid. Quelques mots qui rendraient fautifs ses parents. Après tout, c'était à eux que ce déménagement précipité était profitable. Jonathan, lui, perdait sa copine, ses amis, ses repères. Et les repères sont ce qu'il y a de plus important à seize ans.
– Jonathan ? s'impatientait sa mère.
– Quoi ? répondit-il agressivement après avoir ôté une des oreillettes.
– Tu veux quelque chose ?
La voiture était à l'arrêt, garée devant une station service. Jonathan vit son père y entrer d'un pas mal assuré.
– Non, c'est bon.
– Tu veux pas aller aux toilettes ?
– Non.
Jennifer sortit de la voiture et se dirigea vers le bâtiment. L'adolescent la regardait progressivement s'éloigner avant de poursuivre son article sur le nouveau Lynch. À en croire le journaliste, ce film semblait totalement barré. À côté de Inland Empire, Mulholland Drive était un modèle de rationalité, lut Jonathan. Dans son esprit, il s'imaginait les scènes les plus folles. Des événements sans aucun lien apparent les uns des autres. Un fil conducteur si mince que seul son esprit pouvait accepter. Les autres n'y comprendraient rien. Totalement largués. À mille lieues de la vérité. Comme pour Blue Velvet. Comme pour Twin Peaks. Comme pour Mulholland Drive. Chacun s'était persuadé de la complexité des scenarii, a fortiori du cerveau du réalisateur, alors que rien n'était aussi bateau que ces films. Jour après jour, des interprétations toutes plus invraisemblables les unes que les autres voyaient le jour sur internet. Jonathan les lisait avec un grand plaisir : c'était son occupation favorite ces temps-ci. Il naviguait sur les forums, à la recherche du énième commentaire grotesque, et le plus souvent était hilare face à autant d'incompréhension. Tout le monde se mettait des barrières et, au lieu de jeter un oeil de l'autre côté ou de sauter par-dessus, se heurtait violemment à du vide en ne voyant pas ce qui se passait juste sous son nez.
– Allez, en route, annonça John avant même de refermer la portière.
Jonathan sursauta et cligna plusieurs fois des yeux. Son père alluma le moteur et fit marche arrière.
– Et maman ? demanda Jonathan.
– Quoi, et maman ?
– On l'attend pas ?
– Qu'est-ce que tu racontes encore ? soupira John.
– Elle est partie aux toilettes, tu l'as pas vue ? s'étonna son fils.
– Enfin Jonathan, tu sais très bien qu'elle est pas venue avec nous.
Jonathan se redressa sur la banquette.
– Quoi ?
– Me dis pas que ça recommence ? s'inquiéta son père tout en s'insérant sur l'autoroute.
– Mais non, elle était là je te dis. Elle est partie aux toilettes.
– Arrête, Jonathan.
– Mais elle était là, j'en suis sûr.
– Je sais ce que je dis quand même, s'énerva John.
– Alors pourquoi je suis assis à l'arrière si maman est pas là ?
– T'as dit que tu voulais te reposer.
– Je dormais pas, je lisais.
– Tu lisais quoi ?
– Le télérama de cette semaine.
– Il y a des trucs intéressants ?
– Tu fais pas demi-tour ? demanda Jonathan, la gorge nouée.
John ne pipa mot. Jonathan ferma les yeux et respira profondément.
– Ça se peut pas, murmura-t-il.
– Tu le fais exprès ? lui demanda son père, suspicieux. Comme la dernière fois ?
– Non, je fais pas exprès. Elle était là, j'en suis sûr.
– Donc tu me crois pas ? Tu crois pas ton père ?
– C'est pas ça, c'est juste que c'est différent des autres fois. Plus réel.
– T'as pas pris tes médicaments ?
– Si, je les ai pris ce matin.
– Avant de partir ?
– Non, pendant le petit-déjeuner.
– Je t'ai pas vu les prendre pourtant.
– Si, je les ai pris. Tu m'as même dit que dans pile un an j'en aurai enfin terminé et que je pourrai passer à autre chose, c'est ce que tu m'as dit.
John soupira. Il croisa le regard de Jonathan dans le rétroviseur.
– Tu veux pas t'installer à l'avant ?
– C'est ce que tu m'as dit, non ?
– Écoute Jonathan, si tu veux pas prendre tes médicaments, les prends pas, c'est toi que ça regarde après tout, mais s'il te plaît, me mens pas.
– Je te mens pas, paniquait Jonathan. Je te jure.
– Tu te souviens vraiment les avoir pris ?
– Oui, je les ai pris.
– J'étais là, Jonathan. J'ai bien vu que tu les as pas pris. Viens pas te plaindre si tu guéris pas.
Jonathan s'adossa de tout son poids sur la banquette. Les larmes lui montaient aux yeux. Il regarda par la vitre les voitures floues qui défilaient à toute allure sans se soucier de lui. Son père alluma la radio. Une vieille chanson française des années 80 fit irruption dans la voiture. John chantonna tandis que Jonathan fit mine de reprendre sa lecture pour se cacher du regard accusateur de son père. Les phrases qui défilaient devant ses yeux n'avaient plus aucun sens. Tout ce que Jonathan savait, c'est qu'il n'était pas malade. Son père lui mentait.
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#Posté le samedi 03 mars 2007 16:31

Modifié le mercredi 23 mai 2007 02:32

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